Bien-être et santé

L’orthorexie, l’obsession du manger sain

Un trouble alimentaire méconnu

Manger des baies de goji, boire de l’argile et croire qu’un steak-frites va vous faire mourir d’une crise cardiaque : l’orthorexie est entrée dans le langage courant pour désigner ce trouble loin d’être anecdotique.

L’orthorexie : la maladie de l’obsession alimentaire

On connaissait la boulimie et l’anorexie : l’orthorexie est entrée dans le langage il y a environ cinq ans, pour désigner ce trouble du comportement alimentaire : du grec « ortho », la droiture et « orexie », l’appétit.

L’orthorexie a été pour la première fois décrite en 1997 par le médecin américain Steven Bratman dans « The Health Food Eating Disorder », lui-même en ayant souffert…

Alors que l’anorexie est l’obsession pathologique de la quantité de calories ingérées, l’orthorexie est celle de la qualité des aliments : tout aliment ingéré doit être impérativement « bon pour la santé », les autres systématiquement bannis.

Au revoir les fast-foods et l’alimentation industrielle, ce qui a priori est bien. Mais l’obsession est telle que bien des aliments non nuisibles à la santé sont éliminés, au profit de comportements aussi ésotérique que de boire un verre d’argile le matin.

Le tout avec des notions nutritionnelles DIY toujours très affirmées.

L’orthorexie, le test de Bratman

Steven Bratman avait établi un test en dix questions, pour cerner ce lien déviant à l’alimentation :

  • Passez-vous plus de trois heures par jour à penser à votre régime alimentaire ?
  • La valeur nutritionnelle de votre repas est-elle à vos yeux, plus importante que le plaisir de le déguster ?
  • Votre régime alimentaire gêne-t-il vos sorties, vous éloignant de votre famille et de vos amis ?
  • Éprouvez-vous un sentiment de culpabilité dès que vous vous écartez de votre régime ?

On est loin du rôle de l’alimentation, qui est de se nourrir de façon équilibrée, avec plaisir et convivialité.

Orthorexie : les symptômes

En 2015, l’équipe du professeur allemand Klotter a défini l’orthorexie en quatorze symptômes, parmi lesquels :

  • la « distinction stricte entre les bons et les mauvais aliments »,
  • « l’évaluation permanente et très fine de la composition des aliments »,
  • la « peur de tomber malade par la prise de mauvais aliments »,
  • l’autopunition en cas d’écart alimentaire (cure de désintox, jeûne).
  • Et, au bout du compte, absence d’équilibre alimentaire.

Là, on est dans le déséquilibre patent.



L’orthorexie, la catégorisation des aliments

L’orthorexique a une idée en deux colonnes bien étanches de ce qui est bon ou mauvais pour la santé : le gras est un poison mortel. Au diable les pâtes alimentaires et le pain blancs. Vive les smoothies aux épinards. Le tout sans aucune modération.

L’orthorexie, les conséquences au quotidien

L’orthorexique fait ses courses alimentaires avec la « Biochimie de Harper » en poche : tout doit être bio, l’étiquette de la composition nutritionnelle de chaque aliment est compulsée de façon tatillonne. L’assiette est un laboratoire de biochimie, uniquement.

Pour manger, il ne faut pas non plus s’y prendre n’importe comment : chaque aliment doit être mâché cinquante fois, les légumes consommés quelques heures après leur cueillette, leur cuisson chronométrée (douze minutes à la vapeur pour les haricots verts).

Le moindre écart se fait au péril de sa vie.

L’orthorexie et intolérances

Rares sont en réalité les personnes intolérantes au gluten : l’orthorexique est persuadé de cumuler toutes les intolérances, surtout quand elles sont dans l’air du temps.

C’est aussi un grand adepte des compléments alimentaires : normal, ne pas manger équilibré crée des carences. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir raison.

L’orthorexie nerveuse et troubles psychiques

L’orthorexique s’occupe de façon maniaque de sa santé physique : mauvais signe pour le mental.

Tout comme l’anorexie, l’orthorexie fonctionne en spirale : ce qui ressemble au début à une saine décision tourne à la maniaquerie démoniaque.

Cette quête de pureté physique – une véritable aberration, notre microbiote et notre flore intestinale n’ont rien de pur – s’accompagne d’un complexe de supériorité au regard de ceux qui n’en font pas autant : ô la bande d’impurs qui se vautrent dans la fange !

L’orthorexie se teinte d’hygiénisme : non pas celui de Lavoisier et de Pasteur, mais de cette conviction qu’il faut retourner à l’être pur qu’était le primate. Une obsession qui implique une certaine vision du monde, voire de sensibilités politiques.

Cette obsession de pureté s’appuie sur une « éthique » et une recherche spirituelle : en l’occurrence, les gourous ont bien raison de se frotter les mains.

Et, tant qu’à faire, l’orthorexique a une tendance au prosélytisme : les autres devraient tout de même faire comme lui.

Qu'est-ce que les troubles du comportement alimentaire ?
Qu’est-ce que les troubles du comportement alimentaire ?

L’orthorexie et les profils à risque

Orthorexie chez le Vegan

Ce n’est pas parce que l’on franchit la porte d’un magasin bio, que l’on que l’on est vegan ou végétalien, que l’on devient orthorexique.

Mais un comportement peut en cacher un autre : ce comportement addictif qu’est l’orthorexie est signe de fragilité. Image dégradée de soi, anxiété, dépression, etc, peuvent être des terrains propices.

Orthorexie chez le sportif

Les sportifs pour lesquels le physique a un rôle central peuvent aussi prêter une oreille excessive à ce qui est bon ou mauvais pour la santé.

Et puis, ce qui est bio est dans l’air du temps : c’est évidemment bienvenu, mais cela ne doit pas être confondu avec les modes ou régimes alimentaires farfelus.

L’orthorexie : quel danger ?

A partir de quand faut-il s’inquiéter pour une personne de son entourage souffrant d’orthorexie ?

Si ce trouble du comportement alimentaire n’est pas (encore) reconnu, toute dénutrition doit inquiéter et faire en sorte d’amener à consulter. Sachant qu’il s’agit, fort heureusement, d’un trouble réversible.

Pour en savoir plus

La rédaction de Toutvert.fr vous invite à découvrir les articles suivants :

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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