Vivre au naturel

La mangrove, cette si précieuse zone tampon

Un écosystème naturel qui protège la faune et l'Homme

En 2018, le dévastateur tsunami de la baie de Palu a relativement bien épargné les rares villages protégés par la mangrove. Peu touristique (bien que cela existe), le labyrinthe végétal qu’est la mangrove est tout un écosystème qui abrite toute une faune. Et protège l’Homme.

La mangrove, cette si précieuse zone tampon

Définition de la mangrove

C’est un écosystème des côtes protégées des zones tropicales et subtropicales. Elle a besoin d’eaux saumâtres (un mélange d’eau de mer et d’eau douce) calmes et peu oxygénées.

Son sol se compose de vase et de sédiments issus de la matière organique. La mangrove est tout un équilibre, l’eau devant être salée mais pas trop, d’une température de 20 degrés mais guère plus, calme sans stagner.

Si elle représente une flore peu diversifiée, elle héberge une faune très riche. Elle constitue donc un écosystème indispensable aux côtes qu’elle borde, mais fragile.

Où se trouvent les mangroves dans le monde ?

La mangrove se développe dans les zones tropicales et subtropicales :

  • en Afrique à l’exception de l’Afrique du Sud,
  • en Asie du sud-est,
  • le long d’une partie des côtes américaines, de la Floride au Brésil.

Au monde, elle couvre une superficie de 150 000 km2, avec une forte concentration en Indonésie en particulier à Sumatra, avec de 2 millions d’hectares.

En France,  celle-ci est présente dans les Caraïbes, à Mayotte et en Guyane.

Mangrove vue du ciel
Vue du ciel

Mangrove et palétuvier

Le palétuvier est le seul arbre capable de pousser avec les racines plongées dans l’eau salée. De surcroît, il le fait sur un sol mou et peu oxygéné. C’est l’arbre roi de la mangrove.

Pour se développer, le palétuvier a mis au point des stratégies, telles que sa capacité à éliminer le sel.



Le palétuvier rouge (Rhyzophora mangle) a des racines aériennes (ou rhizophores) qui lui permettent de respirer et d’être stable sur la vase. C’est un peu un palétuvier sur pilotis.

Les palétuviers gris et blancs ont excroissances à leurs racines ou pneumatophores qui font office de tubas, pendant que le reste de la racine est sous l’eau.

De même pour se reproduire, le palétuvier a ses graines qui germent à même l’arbre-mère. Une fois seulement que ces jeunes plantes ont développé des racines suffisantes, celles-ci se plantent dans l’eau ou bien sont emportées par le courant. La mangrove s’étend de cette façon par flottaison.

Les types de formation végétale

Mangrove de bord de mer

La mangrove de bord de mer ou rivage est celle qui est en contact avec la mer. Son taux de salinité de 30 grammes/litres y est constant. C’est le règne du palétuvier rouge, qui peut atteindre jusqu’à huit mètre de haut.

Ses racines servent de bouchot aux moules, huîtres de palétuvier, balanes, éponges, et de nurserie à une centaines d’espèces de crustacés et poissons, respectivement des crevettes et langoustes, les petits poissons argentés que sont les pisquettes, ou encore le tarpon, seul poisson au monde capable de respirer en sortant la tête hors de l’eau.

Mangrove arbustive

Elle se situe en arrière de celle de bord de mer. Là, le palétuvier rouge est plus petit (au maximum 2 mètres de haut) et sont présents, selon le taux de salinité, les palétuviers noirs (Avicennia germinans), les palétuviers blancs (Laguncularia racemosa) et les palétuviers gris (Conocarpus erectus). La mangrove arbustive est généralement parsemée d’arbres morts.

La mangrove haute

C’est celle qui fait la transition avec les marais ou forêts marécageuses. Le palétuvier blanc y est le plus présent, avec un couvert clair de fougères dorées (Acrostichum aureum). On y rencontre, de façon plus dispersée, des palétuviers gris.

En-dehors du palétuvier, elle abrite également des plantes herbacées, telles que l’Amaranthe bord de mer (Philoxerus vermicularis).

Les animaux de la mangrove : toute une faune amphibie

Elle est peuplée de très nombreuses espèces de microphages. Autant d’espèces amphibies : huîtres (Crassostrea), palourde grise (Phacoïdes pectinatus), petits crabes (Pachygrapsus gracilis), crevettes (Pénaeïdes).

Le périophtalme

La mangrove abrite aussi de nombreuses espèces de poissons, le mulet, le tarpon, le cailli. Elle abrite aussi un poisson très singulier, le périophtalme (Periophthalmus) ou gobie sauteur, dont les nageoires pectorales sont suffisamment fortes pour lui servir de pattes. Le périophtalme s’en sert pour sortir de l’eau et ramper, voire grimper aux racines des palétuviers.

Le périophtalme respire par les branchies. Mais lorsqu’il sort de l’eau, il se remplit la bouche d’eau, afin de respirer par l’oxygène de cette eau. A noter qu’il peut également respirer par la peau. Le périophtalme est typique de cet écosystème.

Les oiseaux limicoles

Peu profonde, la mangrove est le garde-manger de nombreux oiseaux, le héron et nombre d’oiseaux qui vivent dans la vase, autrement appelés limicoles : les différentes espèces de Chevalier, le Gobe-mouche ou encore le Pic noir (Melanerpes lherminieri) endémique de la Guadeloupe. Sur l’île de la Trinité, la mangrove abrite l’ibis rouge.

Autant d’oiseaux servis par une belle présence de moustiques et petites mouches.

Le tigre du Bengale

Au Bangladesh, c’est le refuge du tigre du Bengale, espèce menacée de disparition en raison du braconnage et dont il ne reste plus que 4000 individus. La mangrove est l’un des derniers territoires suffisamment difficiles d’accès à l’Homme, pour le protéger.

Mangrove : dessin avec les animaux qui la peuplent : héron, poisson, oiseaux, crocodiles, crabes
Lieu de biodiversité : une faune riche et variée

Quel est le rôle écologique de la mangrove ?

Un garde-manger

C’est une véritable concentration de matière organique, qui en fait le garde-manger de toute une faune, mollusques, crustacés, poissons, oiseaux, mais aussi l’Homme. Les habitants de ces zones côtières profitent de poissons, moules et huîtres.

Au Kenya, la disparition de la mangrove de Vanga priverait la population de sa principale source de protéines.

Un excellent filtre

Elle protège les récifs coralliens en retenant la vase et des sédiments. Elle filtre également les eaux usées et capte les polluants.

Un précieux puits de carbone

C’est aussi un précieux puits de carbone, car les palétuviers sont du bois dense à croissance rapide. En Guyane, on estime que la mangrove stocke deux fois plus de CO2 que les forêts tropicales de l’île, à croissance plus lentes. Le carbone absorbé par la mangrove est ensuite stocké par sédimentation ou par le travail des crabes.

Dans les mangroves anciennes, c’est le bois mort dont la décomposition est lente, qui représente le plus grand stock de CO2.

Mangrove et tsunami

Par son enchevêtrement, elle constitue une des protections les plus efficaces des côtes contre les vagues, cyclones et tsunamis. En septembre 2018, lors du tsunami qui a frappé la baie de Palu dans les îles Célèbes, la mangrove a protégé certains villages en brisant la vague de 5 mètres de haut à un mètre.

Mangrove vue sur et sous l'eau
Les pieds dans l’eau

La mangrove en danger

Cette protection naturelle qu’est la mangrove est aujourd’hui gravement mise en danger par la déforestation au profit de la riziculture, des plantations de palmiers à huile et de l’élevage de crevettes, ces dernières en Indonésie et Thaïlande, mais aussi en Équateur et au Panama.

De plus, les mangroves sont affaiblies par le réchauffement climatique et la montée des eaux. Les événements climatiques (vagues plus fortes et cyclones) fragilisent les palétuviers. Quant à la montée des eaux, elle contraint la mangrove à reculer sur des côtes déjà sous pression anthropique. Au total, 40% des mangroves ont disparu depuis les années 1960.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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