Animaux

L’âne, l’animal qui devrait nous tirer les oreilles

Au nombre de 100 000 au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de 35 000 après les Trente Glorieuses, l’âne se défait pourtant d’un statut médiocre, qui a eu la peau dure. Découvrez cet animal autrement !

Âne : définition

Les origines de cet animal

Tout comme le cheval et le zèbre, l’âne est issu l’Equus de l’ère Quaternaire, ainsi que l’attestent nombre de vestiges. Celui que nous connaissons est ensuite issu de l’âne domestique d’Afrique, l’Equus asinus.

Cet animal n’est ni un mulet (hybride d’un âne mâle et d’une jument), ni un bardot (le croisement d’un cheval avec une ânesse). Ce mammifère herbivore est un ongulé périssodactyle, autrement-dit avec un doigt unique. Son sabot bien plus solide que celui du cheval, il n’a pas besoin d’être ferré.

Si les trois espèces originelles ont bien des points communs, l’âne est nettement le plus petit. Et aussi celui qui a franchement les oreilles les plus longues : elles lui servent de circuit de refroidissement dans la chaleur du désert. Pas si bête !

Autres différences avec le cheval, sa queue ressemble plutôt à celle d’une vache, pendant que sa crinière est courte et dressée sur son encolure. Son dos, lui, n’a pas de cinquième vertèbre lombaire. Et sa robe est souvent grise : à l’exception du ventre, du museau et du contour des yeux qui sont blancs.

Le petit de l’âne et sa femelle

L’âne mâle adulte qui assure la reproduction est appelé le baudet. Sa femelle se nomme l’ânesse. Ensemble, il donne naissance à un petit, appelé ânon.

Âne : sa durée de vie

Cet animal bien traité peut vivre entre 25 et 30 ans (comme le cheval). Une longévité assez longue, à prendre en compte si vous avez envie d’adopter cet animal !

L’emblème du cancre et pourtant…

Malgré ses longues oreilles et sa tête un peu grosse en proportion de son corps, l’âne est indéniablement intelligent : bien que têtu, selon l’adage « on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ».

Mais allez savoir pourquoi le coq symbolise notre fierté nationale (dieu que le gallinacé est bête, pourtant !), et que l’âne soit le cancre tout désigné. Dans la religion chrétienne, cet animal réchauffe Jésus dans la crèche, puis lui permet sa fuite en Égypte.

Dans la légende du roi Midas, celui-ci est affublé d’oreilles d’ânes, en punition d’avoir choisi la flûte de Pan au lieu de la lyre. Quant au conte de Perrault, la peau d’âne dont est affublée la princesse matérialise la souillure de l’inceste à laquelle la princesse veut échapper.



Pas brillant, pour ce pauvre animal : il est vrai qu’il symbolise la pauvreté et l’humilité, quand le cheval est aux côtés de la noblesse. En somme, l’âne est le cheval du pauvre. Pourtant, il a rendu plus d’un service à l’homme.

Un animal qui rend de nombreux services

Le sherpa de la Méditerranée

Avec son sabot robuste et son pied sûr, mais aussi son dos moins sensible que celui du cheval grâce à sa fameuse lombaire en moins, longtemps l’âne fut le porteur de lourdes charges en montagne et sur les chemins pierreux.

Il était même tout désigné pour porter le « barda », qui de la couverture posée sur son dos pour adoucir la charge, engloba ce qu’on lui fit porter, de l’harnachement militaire aux sacs de sel.

Sur la rive nord de la Méditerranée, où la côte est rapidement escarpée, il servit aussi aux vendanges. Et aussi à garder les troupeaux de moutons.

Une initiative reprise récemment sur le plateau du Larzac, mais finalement abandonnée : cet animal s’attache tellement à ses ouailles, qu’il se refuse à les restituer, le soir venu.

L’ami des pèlerins

Pendant que le pèlerin médite en cheminant, l’âne lui porte son viatique : cela se pratique volontiers sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Intérêt, il avance à une cadence qui maintient celle du pèlerin, et s’attache rapidement à lui. Et, une fois la bride lâchée, s’en va brouter de l’avant, pour venir le retrouver dès qu’il le perd de l’œil.

Avis aux amateurs, possibilité de prendre un âne pour deux ou trois randonneurs, sachant que l’âne n’est pas têtu, mais qu’il réfléchit. Or le lieu est tout dédié !

Le fétichisme chinois, haro sur le baudet !

Il ne manquait plus que cela : moins spirituel, après les cornes de rhinocéros et les ailerons de requins, les chinois ont trouvé d’hypothétiques vertus à la peau d’âne. La recette est un peu trop toujours la même : réduite en poudre, elle limiterait le vieillissement et boosterait la libido.

Décidément, la biodiversité au service de la libido chinoise, le conte commence à faire lourd : au point que les pays africains du Niger, du Burkina Faso et du Botswana ont interdit les exportations de leurs ânes vers la Chine, pour protéger leurs paysans.

Âne commun : les races

Âne du Poitou, mais aussi…

Pas besoin d’importer un âne en France, entre le baudet du Poitou (sauvé de l’extinction), le grand noir du Berry, celui de Provence, du Cotentin, l’âne normand, l’âne des Pyrénées et le bourbonnais, il y a l’embarras du choix.

Âne de l’amiata

C’est un âne italien, plus exactement toscan. Doux et généreux de caractère, il est trapu et musculeux. Ce qui le caractérise ? Quelques zébrures sur sa robe, mais non ce n’est pas un zèbre !

Comportement et besoins de cet animal

Malgré les frimas, votre âne vivra à l’aise à l’extérieur toute l’année, à la condition d’avoir un peu d’espace : prévoir 3000 mètres carrés… au minimum ! Si vous le pouvez, privilégiez un terrain qui ne soit pas uniformément plat, avec des parcelles escarpées et des buissons.

L’âne a le tempérament fugueur : équipez donc votre pâturage d’un fil de fer électrique, ce qui n’est pas très gentil, mais lui évite de prendre la poudre d’escampette. Mais le meilleur moyen pour qu’il soit heureux est de ne pas le laisser seul : et là, c’est facile, en plus de vous en occuper, offrez-lui un compagnon de jeu.

Du moment qu’il n’est pas seul, l’âne n’est pas difficile : il appréciera la compagnie d’une simple poule ! Selon votre espace et vos moyens, vous pouvez aussi opter pour une chèvre, un mouton, ou un deuxième âne. Mais son meilleur compagnon, c’est vous : ne le privez jamais de votre visite quotidienne, il vous attend.

Un animal attachant et intelligent
Un animal attachant et intelligent

Son alimentation : l’équivalent de cinq kilos de foin par jour

L’âne doit certainement réfléchir en mangeant : cet herbivore broute entre douze et seize heures par jour. Aux beaux jours, il varie entre les chardons, les ronces, l’aubépine, les branches de frêne, d’orme, de charme. En hiver, c’est à vous de lui fournir du foin : cinq kilos par jour, un bon motif pour lui rendre votre visite !

N’oubliez pas non plus de l’eau fraîche (il a de commun avec le cheval de beaucoup boire) et une pierre de sels minéraux, afin qu’il renouvelle son apport en ces derniers.

Ses fonctions : son fumier, son lait… et son dos !

Plutôt que de réduire la pauvre bête en poudre, les chinois feraient mieux de consommer du lait d’ânesse : d’accord, en quantité, la production leur serait insuffisante. Mais le lait d’ânesse est très proche du lait de la femme, si bien qu’il est recommandé pour les nourrissons.

Quant au savon au lait d’ânesse, il est si doux pour la peau, que Cléopâtre prenait des bains au lait d’ânesse.

Le fumier, lui, est un engrais très recherché pour amender des sols cultivés froids et humides.

Un animal attachant et intelligent
Un animal attachant et intelligent

Last but not least, le statut têtu d’animal médiocre a bien failli condamner ce pauvre âne. Celui du Poitou en particulier, doit sa survie à la seule mobilisation de passionnés. Le développement de randonnées touristiques à dos d’âne a rendu un intérêt, et un peu plus de considération pour celui qui nous aura rendu tant de services.

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Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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