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La transhumance, rejoignez ce mode d’élevage ancestral

Suivre des moutons monter aux pâturages, ça va dit ? Découvrez la transhumance !

Transhumance : définition

Avez-vous déjà assisté à une transhumance ? Le spectacle est celui d’un océan d’animaux, tant le nombre de bêtes qui déambulent donne l’impression d’onduler : jusqu’à 400 000 parfois !

De « trans » (au-delà) et « humus » (le pays), la transhumance est la migration périodique du bétail (ovins, bovidés, cervidés, etc) entre pâturages d’hiver et pâturages d’été. La transhumance est le moyen naturel de faire vivre le bétail au gré des saisons : engraissement, reproduction, et repos des pâturages de la plaine. Pas seulement du folklore !

La transhumance : origines et histoire

L’historien Georges Duby qualifiait la transhumance d’« admirable construction humaine ». Dans toute la Méditerranée jusqu’à la moitié du XXe siècle, les grandes transhumances de moutons étaient un phénomène de grande ampleur : en attestent les bergeries romaines de La Crau dans les Bouches-du-Rhône, et au Moyen-Age le Journal de Noé de Barras, « entrepreneur de transhumance ». Au nord-ouest de Marseille, les 600 km2 de la plaine de La Crau est le triangle du système de transhumance à la française.

« Alpages » dans les Alpes francophones, « estives » dans les Pyrénées, « chaumes » dans les Vosges, « inalpe » dans le Valais et la vallée d’Aoste en Suisse, la transhumance daterait de plus de quatre mille ans, selon l’historien Fernand Braudel, qui parlait quant à lui, de « nomadisme assagi ». En Europe, la transhumance est essentiellement intramontagnarde : verticale de la plaine à la montagne, et sur des distances courtes.

Transhumance : tradition ou folklore ?
Transhumance : tradition ou folklore ?

Elle n’en n’est pas moins une véritable institution, avec ses règles : en tête, les boucs ou « menons », pour mener toute cette « compagne ». Et en queue, les ânes ou « ministres », qui portaient le bardat, la nourriture, l’eau et le matériel. Les chiens, labrit des Alpes ou patou des Pyrénées, protégeaient le bétail des prédateurs (loups, lynx, aigles, etc). Quant au parcours, il faisait l’objet d’un tracé précis, pour tenir compte des espaces cultivés.

En Provence, ces chemins balisés depuis le XVIIIe siècle sont toujours les « drailles », dont les murets empêchent le troupeau de se disperser et de commettre des dégâts au passage. En Espagne, la Mesta fut un important groupe de pression, pour défendre les zones de parcours de la transhumance. L’innovation majeure, qui interféra avec la transhumance ? Le chemin de fer !

En Italie, l’ancestrale transhumance des moutons et chèvres des Abruzzes vers les Pouilles était obligatoire pour tous les troupeaux de plus de vingt têtes : là aussi, une véritable institution, défendue par le royaume de Naples, qui dut son déclin à l’union italienne, l’établissement des routes, puis la réforme agraire de 1950.

Ailleurs qu’en Europe, la transhumance relevait plutôt du semi-nomadisme montagnard. Ainsi en Turquie, Iran et dans la Caucase : tout le groupe humain « déménageait » avec le troupeau. En Turquie, la petite ville de Palu, en Anatolie orientale (district d’Elazig) est le lieu de passage des transhumances de plusieurs mois, sur le haut-plateau arménien.



Participer à une transhumance ?

C’est principalement au printemps, pour la montée des animaux, que vous pouvez être de la fête : plus rarement à l’automne, pour leur descente. Selon les régions, les dates s’étalent entre mai et juin : fin mai en Aveyron et dans les Bouches-du-Rhône, courant juin dans les Pyrénées Atlantiques, en Ariège et dans les Alpes maritimes (le Mercantour).

Vous avez le choix entre rejoindre une transhumance pour une journée, ou bien plusieurs jours (généralement trois jours, avec nuit en gîte). Tout dépend de vos jambes, les parcours étant en moyenne de cinq à vingt kilomètres. A vous de voir, n’oubliez pas que ça grimpe !

Une certitude, à la proximité des animaux dont raffolent les enfants, les transhumances sont aujourd’hui toutes l’objet de fêtes traditionnelles au village, défilés d’animaux, bals populaires, marchés, démonstrations de tonte d’animaux.

Pour rejoindre une transhumance, vous devez vous inscrire auprès de l’organisation. Cette participation peut être payante.

La transhumance du mouton, optez pour Saint-Rémy de Provence

A la fin du mois de mai, la Fête de la Transhumance de Saint-Rémy de Provence est un grand moment : tous les éleveurs de la région convergent vers la capitale des Alpilles, pour faire revivre la coutume d’antan. Dès le matin, 4000 moutons, chèvres, béliers et ânes défilent à deux reprises, en centre-ville.

Démonstration du tri des bêtes aptes à dix jours de marche pour partir en alpage, de celui du travail des chiens, mais aussi déjeuner au Plateau de La Crau, foire aux fromage, concours de peinture, etc. Vous ressentirez combien la transhumance fait encore vibrer les provençaux. Et vous ne sentirez pas seuls…

C’est aussi le dernier moment de la saison pour y croiser des moutons dans la région : en Provence, il fait déjà chaud. En montagne, les bêtes retrouvent fraicheur, nourriture et, ce n’est pas le moindre, de quoi boire.

La transhumance de vaches, si vous alliez en Aubrac ?

On y fête toujours la Saint-Urbain : le 25 mai est la date fatidique des Saints de Glace, où le gel peut faire un ultime retour, au risque d’anéantir les cultures.

Transhumance : tradition ou folklore ?
Transhumance : tradition ou folklore ?

C’est aussi le grand jour de la transhumance des vaches de l’Aubrac : vous ne pouvez pas les manquer, elles sont embellies de fleurs, houx et même du drapeau tricolore. Là aussi, démonstrations et explications de la part des éleveurs, et fête à tous les coins de rues (dégustations, tombola, etc).

La transhumance en Pyrénées et le fromage d’Ossau

Le fameux fromage au lait entier de brebis est issu de trois races du Pays Basque et du Béarn : la Manech Tête Noire, la Manech Tête Rousse, et la Basco-Béarnaise. C’est « le » fromage AOC et AOP du pays Basque. Or, la vallée d’Ossau est un site magnifique. En prime, la région offre la possibilité de rejoindre une « estive » tout au long de l’été : les brebis au mois de mai, les vaches aux mois de juillet et d’août.

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La transhumance, aussi à l’automne dans les Vosges et en Alsace

Elle est synonyme du fromage de Munster : la vache vosgienne arbore sa cloche et redescend d’estive en septembre. Si vous avez manqué le printemps, le versant alsacien des Hautes-Vosges vous offre une session de rattrapage. A la clef, le repas « macaire », du nom éleveurs, qui est issu de l’allemand « melker », le producteur de lait : tourtes, tartes aux myrtilles et bibalakass (fromage blanc et oignon émincé).

La transhumance, au fait, les cochons ?

En France, il fut un temps où il y en avait partout… où il y avait des glands. Avant de devenir du jambon et des saucisses, le cochon partait en « glandée » dans les forêts de chêne ou de hêtres. Mais plus de possibilité de rejoindre une des transhumances les plus répandues en France, la transformation de l’économie et de forêts a eu sa peau !

Transhumance et écologie

Vous-même allez-vous offrir un séjour nature, à la découverte de ce mode d’élevage ancestral. C’est bon aussi pour ces animaux, qui jouissent d’un élevage extensif et saisonnier. Mais cela reste vrai pour la vraie transhumance, celle qui fait le parcours à pied. Or, les transferts massifs de troupeaux par camions, ne sont plus de l’élevage extensif, mais intensif, au détriment de l’environnement : érosion des sols, pesticides déposés en pleine nature via les déjections animales, pollution des sources d’eau potable, etc.

Les « alpages » (jusqu’à 3000 mètres) soufrent, selon les régions, de cette transhumance intensive. Tout dépend des régions : si tout va bien dans les Pyrénées, il semble que ce ne soit pas le cas, par exemple, du Mercantour.

Pour en savoir plus

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Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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