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Le pigeon, une si mauvaise réputation

A hanter nos squares et caniveaux, avec sa tête qui accompagne sa démarche d’un mouvement saccadé d’avant en arrière, le pigeon est le mal aimé de notre nature en ville. Moche, il serait vecteur de maladies, prolifique et pas très intelligent. En somme, une nuisance invasive. Mais est-ce bien vrai ?

Quel est cet animal ?

C’est le nom de la célèbre photographie de Robert Doisneau : un pigeon perché sur la tête de l’un des enfants alignés à la pissotière de l’école. Autrement-dit : même là ! Avec tous ces pigeons, on ne peut pas être tranquille : ni place Saint-Marc à Venise, ni à Cracovie. Et a fortiori pas à Paris : 100 000 pigeons recensés, soit un pour vingt-deux habitants !

Trop, c’est trop : raison pour laquelle la loi interdit de nourrir les pigeons, rangés dans la catégorie des animaux errants, « sauvages ou redevenus tels, notamment les chats ou les pigeons ». Cette interdiction concerne la voie publique et les voies privées. L’amende se monte à la coquette somme de 450 euros. Cela fait cher de la baguette de pain émiettée.

En même temps, certains hôpitaux (celui de Granville ou celui de l’île d’Yeu) recourent au service des pigeons pour le transport d’analyses de sang. Et l’US Navy utilise leur acuité visuelle pour sauver des naufragés. Alors !?

Le pigeon, victime des préjugés
Le pigeon, victime des préjugés

Le pigeon biset, notre pigeon à tous

Vous me direz, il y a pigeon et pigeon. Celui qui semble presque faire partie du mobilier urbain est le pigeon biset (Columbia livia) : avec son plumage gris terne, certes rehaussé de vert virant violacé au niveau de la gorge, il s’harmonise avec le ciel des mauvais jours. Et se fond si bien dans la ville, qu’il aurait pu être inventé par Decaux.

S’il s’envole en nuées à la moindre alerte, c’est pour mieux revenir en groupe, au pied de la grille d’un arbre, au ras-du-sol dans les caniveaux, à la terrasse d’un bistrot, sur une poubelle publique et sur les bancs publics qu’il corrode de ses déjections. Tout juste s’il ne prend pas le métro ! Ce qu’il fait ? Il cherche sa pitance !

Or, savez-vous que sa vie en ville est difficile ? Eh oui, faute de grives, le pauvre mange des merles : car ce granivore n’en voit pas passer beaucoup. C’est même la raison pour laquelle, à force de se nourrir de bouts de pizzas et de reliefs de repas humains, son espérance de vie ailleurs d’une quinzaine d’années, se réduit en ville à moins de six ans.

Son milieu naturel n’est pas la ville, mais les falaises et rochers, ceux des côtes picardes et bretonnes, et du Massif Central. Quant à ses confrères en ville, ce sont le pigeon ramier ou palombe (Columba palumbu), un peu plus gros et qui se distingue par sa tâche blanche sur le cou, et le pigeon colombin (Columba oenas), le plus petit des trois.

Vous me direz aussi, il n’y a pas que Paris : eh oui, il y a aussi le « bleu de Gascogne », la « manotte d’Artois », le « mulhousien » qui est très rond, le « roubaisien » qui est sec comme un cycliste, le « Montauban » qui est tout blanc, etc : on pourrait presque faire le tour de France des pigeons ! Sans compter les huppés, le « huppé picard » ou le « huppé de Soultz ».



Légendes et histoires autour du pigeon

Au fait, pourquoi est-on un pigeon ?

A propos de huppé, voici l’explication à l’expression répandue « être pigeon » : jusqu’au XIVeme siècle, le pigeon ou plutôt « pijon » désignait l’oisillon de n’importe quelle espèce volatile, en référence à ses piaulements (en latin, « pipire »). Quant au fait d’être dupe, il est issu de la contraction de « dé-hupper ». Sauf qu’à Paris, les pigeons huppés et mêmes les huppes ne sont pas courants. Qu’à cela ne tienne, être dupe est devenu être pigeon.

La place ensorcelée de Cracovie

D’autres légendes plus glorieuses ont attachées au volatile : à Cracovie, les pigeons de la place du Marché seraient ensorcelés. Au XIIIe siècle, lorsqu’un certain Henri IV Probus voulut unir le pays, une sorcière l’aida à réunir l’argent nécessaire, en transformant les chevaliers en pigeons, qui vinrent picorer le sommet de l’église, d’où tombèrent des pièces d’or. Las, le roi festoya avec le magot.

Est-ce parce qu’une telle magie ne s’est pas produite à Paris, que nous n’aimons pas nos pigeons ? Ils furent pourtant messagers, certes pendant la période noire des guerres. Mais ce n’était pas leur faute, si le monde était en conflit.

Un oiseau décidément intelligent

Le pigeon messager est capable de franchir une centaine de kilomètres, et d’arriver à destination sans se tromper. Il est entraîné à cela, avec quelques subterfuges : le retour à son nid, ou le veuvage forcé, qui lui fait franchir des distances inouïes pour retrouver la donzelle.

Mais, de lui-même, le pigeon est intelligent : apprenez qu’à défaut d’avoir un cerveau pariétal, il a une densité neuronale six fois supérieure à celle de l’être humain. Résultat, la distance étant plus courte entre ses neurones, il est cent fois plus réactif. La preuve, quand vous essayez d’en attraper un, qui est le plus vif ?

De surcroît, ainsi que l’ont démontré des travaux scientifiques, il maîtrise des notions aussi abstraites que l’espace et le temps. Faites-lui aussi une tâche noire sur le poitrail, et placez-le devant un miroir. Le pigeon se regardera et grattera la tâche, preuve qu’il se reconnaît dans le miroir.

Le pigeon, victime des préjugés
Le pigeon, victime des préjugés

Un moindre mal écologique

Par chance, les maladies dont le pigeon est le vecteur, ne sont pas transmissibles à l’être humain : il ne transmet pas même la grippe H5N1, à laquelle il résiste fort bien. A ce jour, pas le moindre risque de contracter une vilaine maladie par les pigeons. D’ailleurs, au regard de leur nombre, il y aurait déjà quelques épidémies !

En revanche, la nature a horreur du vide : quelle espèce viendrait combler la « niche écologique », une fois les pigeons éradiqués ? Allez savoir. Ou peut-être, mieux vaut-il ne pas le savoir. En somme, ne nourrissez pas les pigeons, mais ne soyez pas non plus « pigeons » de la pensée unique qui les envisage comme une nuisance.

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Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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