Vivre au naturel

L’otium, quand ne rien faire était obligatoire…

Un temps pour soi

Dans l’Occident médiéval, entre les dimanches, les fêtes de saints, les célébrations religieuses, les fêtes royales, près d’une journée sur trois est chômée, soit 100 jours par an ! Le labeur n’est pas entré dans les mœurs : à l’époque, la norme sociale, c’est l’otium, le mot latin désignant le temps libéré de toute affaire.

L’otium : définition

Rien à voir avec l’oisiveté. C’est un temps non utilitaire, pour soi, réservé à la réflexion, la prière et la spiritualité.

L’homme de l’an mille distingue ainsi le temps de l’existence du temps de subsistance, et le temps intérieur du temps social. Et celui qui ne respecte pas cette règle s’expose à de sévères pénalités.

Ainsi, dans les registres du Châtelet, à la date du 17 mars 1401, on lit : « Jehan le Mareschal, esguilletier, condamné à 10 sols tournois d’amende pour ce que dimanche passé il exposait esguillettes en vente. »

Un rapport au temps qui a volé en éclats au XIXe siècle avec l’avènement de la société industrielle.

otium : Jeune femme s'étirant dans la nature

Aujourd’hui, les psychologues s’accordent à dire qu’il faut réintroduire du temps pour soi dans nos vies. Ainsi, dans nos sociétés du trop-plein, il n’y a plus un instant dans la journée où nous nous contentons de ne rien faire, de contempler.

Nous sommes contaminés par des stimulations extérieures incessantes. Ce n’est pas bon pour notre santé, notre créativité et notre humanité. Évitez donc de rapporter du travail à la maison !

Et pour nourrir votre temps intérieur, quelques solutions : yoga, méditation, poésie ou encore un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, redevenu très tendance.

Otium vient du latin

Le terme « Otium » est un mot latin qui apparaît vers le IIème siècle avant J.C.



Ce concept est difficilement traduisible car il revêt plusieurs sens et recouvre de nombreuses notions en lien avec ce qui est communément considéré comme du « temps libre ». Il ne connaît pas de traduction équivalente en français.

Cette forme de loisir « l’otium » apparaît d’abord dans la Grèce antique sous l’appellation « skholè », terme qui a par la suite été popularisé sous l’Empire romain sous le nom d’otium.

Dans la Grèce antique l’otium est ce qui permettait aux citoyens de prendre le temps d’affiner leur esprit critique et de construire leur jugement. Cette notion a joué un rôle important dans l’organisation politique de la démocratie.

Enfin, ce mot implique la consécration d’une certaine forme de solitude, de retrait du monde actif pour quelques instants, pour se consacrer à son esprit.

Femme de dos avec sac à dos et tapis de sol sous le bras devant un lac
Otium

Synonyme de l’otium

Sous l’Empire Romain, l’otium désigne une sorte d’inaction caractéristique du loisir et une forme d’oisiveté. Il correspond au fait de prendre du temps libre, du temps studieux et fécond. Ce temps permettrait par exemple de réfléchir à sa condition d’être humain, de chercher à s’améliorer et de mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Le terme « loisir », synonyme d’otium renvoie au plaisir, alors qu’il n’est pas forcément source directe de plaisir en ce qu’il s’agit d’une quête exigeante et donc parfois déplaisante et peu confortable.

Certains philosophes opposent le terme «otium» au terme « Nec-otium » en latin (le négoce = la négation de l’otium). Cela souligne le fait que la pratique de l’otium est l’inverse de l’utilitarisme du marché. Cela expliquerait le fait que cette notion soit peu connue et valorisée dans nos sociétés consommatrices régies par les lois du marché !

La philosophie de l’otium

Cette notion est reprise et remise au goût du jour dans la société moderne dans laquelle nous vivons, surtout suite aux différents confinements.

En effet, de nombreux sociologues et philosophes tentent récemment de réhabiliter cette notion. Ils soulignent les vertus pour l’Homme de prendre du temps qui serait désintéressé et consacré à la quête de sens, de sagesse et de beauté !

Selon l’historien Jean Michel Pire « Il s’agit de donner un sens à l’existence, en laissant libre cours à sa curiosité, au seul plaisir de connaître et de comprendre. » S’adonner à l’otium est donc une pratique dénuée de toutes contraintes qui consiste uniquement à consacrer un peu de temps à la vie de la conscience.

Cette activité d’imagination, de rêve, de contemplation est le but ultime, aucun autre résultat matériel ou but précis n’est attendu quand on s’y adonne. Le simple fait de s’y livrer est un accomplissement en soi.

Souvent cette notion est corrélée avec une certaine vision de la liberté intérieure, d’une quête existentielle.

L’otium appliqué au quotidien

Dans nos sociétés de consommation, s’adonner à l’otium permet de lutter contre la marchandisation du monde. Ce concept d’otium souligne le fait que quelque chose considéré par certains comme futile est au fond une pratique centrale pour le bien commun et la reconnexion à soi, à la nature et aux autres.

Cependant, sa pratique n’est possible que lorsque deux conditions sont réunies.

D’une part, pour se livrer à cette pratique, il faut se sentir en sécurité matériellement. La matérialisation de l’otium n’est possible que si les besoins vitaux sont comblés et que les tâches vitales sont accomplies par l’individu.

D’autre part, la disponibilité personnelle et le conditionnement mental sont nécessaires pour s’adonner à l’otium. Il faut réussir à se dégager le temps nécessaire pour « ne rien faire ». Ou plutôt « Faire … rien » puisque l’individu reste actif dans la réalisation de cette pratique. Il faut faire un effort pour vouloir s’adonner à cette pratique. Sa pratique nécessite donc une forme de discipline personnelle et cette quête de sagesse demande un engagement personnel fort.

orium : jeune femme en position sur lotus sur une souche d'arbre dans une forêt
Se reconnecter à soi dans a nature

Prendre du temps pour se reconnecter à soi

Méditer, apprendre une nouvelle langue, écouter son corps, pratiquer le yoga ou découvrir les plaisirs du corps … voilà de nombreuses pistes pour s’adonner à l’otium !

Ouvrir la porte à la culture

Lire un livre, relire certains ouvrages philosophiques, peindre, aller voir une exposition, jouer d’un instrument ou écouter un disque… tout en étant pleinement dans l’instant présent … sont de très bonnes façons de pratiquer l’otium. La peinture, la lecture, la musique sont des domaines très propices à la réalisation de l’otium. En effet, l’Art de façon générale représente un chemin significatif vers l’élaboration de soi et la meilleure connaissance de son environnement.

Rejoindre le monde associatif

Selon certains historiens et philosophes, pratiquer l’otium dans nos vies quotidienne pourrait également consister à faire partie intégrante du monde associatif. Cela s’explique par le fait qu’il s’agit d’un secteur à but non lucratif et donc désintéressé et contribuant à l’amélioration de la société. Par ailleurs, les associations nourrissent le débat démocratique.

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