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Apprenez à découvrir la laisse de mer

Ces rejets de la mer sont indispensables à la faune de la plage

En apparence, c’est ce tas en haut de la plage, qui ressemble au rebut de la mer. En réalité, la laisse de mer est tout un monde, sans lequel la côte se ferait grignoter et la plage n’existerait plus. Un rempart bien vivant, à la vitalité insoupçonnée.

Laisse de mer : définition

La laisse de mer est ce que l’océan laisse sur la plage (sur l’estran), après une marée haute. La laisse de mer se trouve sur toutes les plages du monde, qu’elles soient faites de sable, de roches ou de galets.

Cette bande souvent brune marque la limite supérieure des vagues sur la plage. En de nombreux endroits du monde, elle sert à cartographier le littoral.

Les tempêtes et météo

La laisse de mer varie selon les conditions météorologiques : lors de tempêtes, les courants marins et vents violents décrochent des algues par paquets, que la mer laisse lorsqu’elle se retire.

La pluie joue également son rôle : les cours d’eau charrient alors vers la mer du bois et autres déchets.

La laisse de mer est également dépendante des modifications des écosystèmes : ainsi, l’algue japonaise qu’est la Sargasse est-elle venue sur les côtes bretonnes avec les huîtres nipponnes, dans les années 70.

La vie locale

Il fut un temps où elle était une source de bois de chauffage pour les villages riverains et un matériau pour la fabrication de cordages. Les goémoniers se faisaient du feu avec des algues séchées.

Autres temps, autres mœurs, à Cayeux-sur-Mer en baie de Somme, Maxim Marzi récupère les filets de pêche que la mer a rejetés, pour les recycler en paniers.

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Composition de la laisse de mer

Les algues

La laisse de mer se compose principalement d’algues, que la mer y accumule : ainsi en Bretagne les laminaires (Laminaria hyperborea). La Bretagne étant le plus vaste champ d’algues d’Europe, riche de 800 espèces.



Imaginez-vous que ces algues en tas sont le garde-manger de toute une flore et de toute une faune essentielle au bon état de la plage ?

Coquillages et crustacés

La laisse de mer se compose également de toute une faune elle aussi venue de la mer : coquillages, « os » de seiche (on les appelle ainsi, mais sachez que ce ne sont pas des os, la seiche étant un invertébré. Il s’agit d’une coquille interne en calcaire très léger, dont les oiseaux raffolent, surtout au au moment de la ponte), de tests d’oursins, de mues de méduses, de couteaux, de tubes calcaires de vers marins, etc

Laisse de mer et œufs de bulots

C’est aussi le seul endroit où vous aurez la chance de voir des œufs de bulots : ils forment un amalgame spongieux et rond qui peut mesurer dix centimètres de diamètre. Énorme, au regard de la petite taille des bulots : la raison est que ces œufs gonflent avec l’eau, et aussi que deux femelles pondent au même endroit. Leurs œufs se mêlent !

Cet amalgame contient un bon millier d’œufs, qui ne donneront pourtant naissance qu’à une dizaine de bulots : le bébé bulot est cannibale, il entre-dévore.

Les capsules de raies

C’est aussi sur là que vous trouverez les étonnantes capsules ou œufs de roussettes (un petit requin) et de raies ovipares. La laisse de mer est même le lieu unique où vous pourrez voir ce curieux témoin de ce qui se passe en mer.

Lorsque vous trouvez une de ces capsules, pensez à participer au programme CapOeRa de recensement des œufs de raies sur les côtes française, vous serez très utile.

Sur la laisse de mer, vous trouverez aussi bien sûr du bois et des plumes voire des cadavres d’oiseaux. Mais verrez aussi des oiseaux vivants !

Et des débris humains

Malheureusement, la laisse est envahie par des déchets humains : filets de pêche, coton tiges, bouteilles en plastique, ballons gonflables, bris de verre, vieilles chaussures, plaques de mazout, etc.

Laisse de mer et son écosystème

Stabilisation du trait de côte

En fait de tas, la laisse de mer opère tout un travail très utile. Une fois les algues déposées par la mer, toute une petite faune de bactéries et d’invertébrés (les puces de mer, mouches et vers) s’emploient à la décomposer en matière organique.

Cet engrais naturel devient le terreau des plantes (la roquette de mer, le chou marin, la bette maritime) dont les racines profondes stabilisent les dunes, pendant que les algues piègent elles-mêmes les graines de sable apportés par le vent.

Une décomposition qui n’a pas le temps de pourrir : si petits soient-ils, ces invertébrés ne mettent pas plus de trois semaines à décomposer les algues en matière organique.

Chaîne alimentaire

C’est fou, la faune qui vient alors se nourrir de la laisse de mer : cette litière marine héberge des crabes et fournit des nutriments récupérés à marée haute par la mer aux poissons du littoral (le bar).

Gravelot se nourrissant sur la plage
Gravelot se nourrissant sur la plage

Les oiseaux

Elle est indispensable aux oiseaux limicoles qui y nidifient (le tourne-pierre à collier interrompu, le pipit maritime) et aux espèces migratrices pour lesquelles elles sont le grand moyen de subsistance au moment de traverser ou au retour d’un long trajet (le gravelot et le bécasseau sanderling).

Les gravelots pondent des œufs de la même couleur que le sable : on dirait de petits galets ! Pour éviter de les piétiner, observez la marche lente de l’oiseau, qui signifie qu’il s’approche de son nid. Et pensez qu’il a fait tout un périple depuis l’Afrique, pour venir pondre, par exemple, sur les côtes picardes.

Laisse de mer… laissez la !

Pour offrir de belles plages aux estivants, certaines communes éliminent la laisse de mer à l’aide d’engins mécaniques. Une véritable hérésie, qui anéantit cet écosystème nourricier et protecteur des côtes.

Fort heureusement, d’autres communes font un travail pédagogique, qui incite à découvrir le rôle de cette zone intertidale et sensibilise à la pollution : des bacs à récupération de la pollution anthropique sont mis à disposition, pour y entreposer les canettes et autres cochonneries qui se retrouvent dans la laisse de mer.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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