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Kiribati, E la nave va ?

Quand la montée des eaux est une menace quotidienne

C’est ce point du globe que l’on situe sur la carte depuis qu’il risque d’en être rayé. Les îles Kiribati prennent l’eau : un cauchemar sur fond de lagon turquoise.

Des îles aux antipodes

A huit heures de vol d’Hawaï et trois des îles Fidji (mais 22 heures de Tahiti, car tout dépend du type d’avion), la république des Kiribati est cet état archipélagique au milieu de l’immensité du Pacifique.

Anciennement « îles Gilbert », ce sont les trois archipels dispersés que sont :

  • les îles Gilbert (16 atolls),
  • les îles Phoenix (12 atolls),
  • les îles de la Ligne (Kiritimati, Tabuaeran et Teraina)
  • et l’île «soulevée» de Banaba.

Kiribati : au ras des flots

Autant d’atolls coralliens à la bande de terre étroite (200 m à 1 000 m de large) qui culminent à moins de trois mètres au-dessus du niveau de la mer.

La faute à la géologie : ces atolls coralliens sont assis sur un cône volcanique sous-marin qui s’érode et s’affaisse en moyenne tous les cent ans. Le niveau de la mer monte d’autant, mais ce n’est pas la seule raison.

Une ligne de front

Avec les Maldives et Tuvalu, les Kiribati sont la « ligne de front mondiale du changement climatique » : les premières vouées à disparaître sous la montée des eaux dues au réchauffement climatique.

Selon les experts, cet horizon est fixé à une cinquantaine d’années : une échéance brève, motif-même pour lequel ces îles peu touristiques sont aujourd’hui mondialement connues.

Le drapeau des Kiribati
Le drapeau des Kiribati

Un Paradis (en voie de liquidation)

Le reporter globe-trotter Julien Blanc-Gras y a fait un tour en 2012, interpelé par l’achat de terres aux Fidji par le président des Kiribati (alors Anote Tong) pour exfiltrer ses habitants.

Dans « Paradis (avant liquidation) » (éditions Au Diable Vauvert, 2013), l’état des lieux qu’il en fait est éloquent : le lagon sert de tout à l’égout où mieux vaut ne pas se baigner sous peine d’infections et hépatites, et les poissons sont immangeables.



Paradis (avant liquidation)
Prix: 6,10 €
Prix mis à jour le 19-04-2021 à 2:15 PM.

Le ministre des Finances se balade pieds-nus, pendant que les habitants sombrent dans l’alcool de palme ou s’évertuent à construire à la main des barrages contre le Pacifique, qui a déjà emporté des villages entiers.

En même temps, l’auteur compare les Kiribati avec Los Angeles : « Je suis dans le pays le plus riche du monde et les SDF pullulent. Aux Kiribati, qui figurent tout en bas du classement, chacun a un toit. »

Les Kiribati sont symboliques d’un état d’esprit mondial, au regard des impératifs environnementaux : E la nave va.

Un phénomène de cumul

La pression démographique

En 60 ans, la population a quasiment triplé (38 000 habitants en 1963, 115 000 aujourd’hui), l’atoll de Tarawa (la capitale) ayant une densité de population équivalant à celle de la région parisienne.

Conséquences de cette pression démographique :

  • l’urbanisation des zones instables (les plages faites d’accrétion calcaire),
  • le défrichement,
  • la pollution accentuée par l’absence d’assainissement.

Résultats, la fragilisation supplémentaire des écosystèmes (mangrove et récifs coralliens).

Peu de ressources naturelles

L’eau douce est exclusivement issue des précipitations. Quant au sol, il s’imbibe d’eau de mer salée : hormis la noix de coco, qui représente une bonne part de l’économie locale, difficile de faire pousser quoi que ce soit.

Kiribati et réchauffement climatique

Le problème est que ces îles subissent non seulement leur situation locale, mais la dégradation mondiale due aux effets du réchauffement climatique.

Kiribati et montée des eaux

Avec la fonte des glaces polaires, l’océan Pacifique s’élève en moyenne de 2,5 et 5,5 mm/an depuis 1950 avec une accélération sur la période récente. Cette hausse pourrait être supérieure à un mètre d’ici à 2100, submergeant définitivement certaines îles et salinisant le sol des autres.

Kiribati et acidification des océans

Ce sont les îles coralliennes : au-delà d’une acidité supérieure à 500ppm, les coraux blanchissent. Or, selon les tests effectués à Hawaï, le taux d’acidification du Pacifique a dépassé le seuil déjà fatidique des 400ppm.
Une acidification due à la charge en CO2 de l’atmosphère, qu’absorbe l’océan.

Kiribati et élévation température des océans

Les coraux ne supportent pas non plus une élévation de température excessive : l’algue (la zooxanthelle) avec laquelle ils vivent en symbiose, meurt.

Or, les épisodes d’élévation de la température de surface du Pacifique au-delà de 30 degrés sont de plus en plus fréquents.

Kiribati et El Nino

Jusqu’à présent, la chance de ces îles était de ne pas se situer sur le route des cyclones du Pacifique.
Mais le courant marin El Nino est cet inversion des Alizés, qui soufflent alors d’ouest en est, provoquant en l’occurrence, une houle qui érode d’autant les îles et les soumet à des ouragans.

Des réfugiés climatiques

En janvier 2020, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a pris une décision historique, en estimant que « les gouvernements doivent prendre en considération les violations des droits humains causées par la crise climatique quand ils envisagent d’expulser des demandeurs d’asile« .

En 2015, un habitant des Kiribati (Ioane Teitiota, 37 ans) avait été expulsé de Nouvelle-Zélande, après avoir demandé le statut de réfugié climatique.

« En l’absence de mesures nationales et internationales énergiques », les effets du changement climatique représentent une violation des droits fondamentaux. Ce qui crée une obligation de non-refoulement par les pays d’accueil.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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