Animaux sauvages

Homard : le roi des crustacés

Ce marqueur de nos mœurs

Il fut un temps où le homard était qualifié de “cafard des mers”, tant il y en avait. Désormais, ce crustacé quasi-immortel est en péril.

Un grand crustacé solitaire

Le homard (homarus) est un crustacé décapode qui vit en eaux froides au fond de la mer. C’est un crustacé, car il a un exosquelette, des pattes articulées (il est arthropode), des antennes, et respire par des branchies.

Son corps est formé d’un céphalothorax, la tête et le thorax étant d’un seul tenant, et de son abdomen articulé en cinq parties, que l’on appelle parfois improprement sa queue.

Morphologie du homard

Ses fameuses pinces

Il a cinq paires de pattes ou péréiopodes, les trois paires avant étant dotées de pinces, les deux pattes arrière qui servent à la locomotion, en étant dénuées.

Entre pince marteau et pince coupante

A l’avant, ses deux grosses pinces grandissent de façon disproportionnée. Chacune a une fonction différente. Plus épaisse, la “pince marteau” ou “pince broyeuse” lui sert à broyer la carapace de ses proies.

Plus fine, la “pince ciseau” ou “pince coupante” lui sert à en découper la chair. Également plus rapide, elle lui sert à se défendre et à capturer de petits poissons.

Les deux autres paires de pinces plus petites lui servent à porter la nourriture jusqu’à son appareil masticatoire.

Des pinces propres !

Le homard est propre. Il fait régulièrement la toilette de ses pinces, en les portant à son appareil masticatoire ou “maxillipède”, sorte de patte thoracique qui lui sert à la mastication. Le homard se nettoie aussi l’abdomen.

La digestion du homard

Il ne mâche pas ses aliments au niveau de sa cavité buccale. Ce travail est effectué au niveau de l’estomac, qui comprend une première partie équipée de trois grandes dents broyant les aliments, et l’autre servant de salle de tri, les morceaux les plus fins étant dirigés vers l’intestin, les plus gros étant soumis à un nouveau broyage.

Une croissance par mues

Le homard peut vivre jusqu’à une cinquantaine d’années. Sa croissance lente s’étale sur cinq années, au cours desquelles il mue une vingtaine de fois. Pour ce faire, ce crustacé se met à l’abri au fond de son terrier, commence par cesser de s’alimenter et se replie en forme de V. La membrane qui relie son céphalothorax son abdomen se déchire, ouverture par laquelle il peut sortir et se gonfler d’eau pour atteindre une taille supérieure.



Le poids du homard

Pour l’espèce européenne (plus petite), le poids moyen est de 1.5kg. L’espèce américaine est elle plus grande, avec des homards atteignant 4kg, le plus « gros » enregistré pesant tout de même 20 kg !

Quelle est la différence entre un homard et une langouste ?

Le premier a de larges pinces, tandis que la langouste n’en a pas, mais possède de très longues antennes.

Homard angeant dans la mer

Mode de vie du homard

Un redoutable prédateur

Ce crustacé vit à des profondeurs où la différence entre le jour et la nuit est sensible. A la tombée de la nuit, ce prédateur nocturne capture efficacement d’autres crustacés (principalement des crabes), des coquillages (moules, bigorneaux), de vers, d’oursins, d’étoiles de mer et de poissons. A l’occasion, il se nourrit aussi d’algues. S’il préfère des proies vivantes, à défaut, le homard se fait charognard.

Il a des yeux, qui lui permettent de percevoir les images et, comme tous les crustacés, de bien voir les couleurs. Mais ses outils de chasse sont surtout les poils tactiles de ses antennes et pinces, qui le renseignent parfaitement sur les courants d’eau et le milieu. Quant aux récepteurs sensoriels de son appareil masticatoire, ils détectent les acides aminés des protéines de proies présentes dans son environnement immédiat.

Une reproduction avec une femelle molle

La reproduction a lieu lorsque la femelle vient de muer, donc entre un mâle « dur » et une femelle « molle ». La femelle stocke le sperme jusqu’à deux ans. Elle fertilise les quelque 12 000 à 40 000 œufs qu’elle pond entre les mois de juin et d’août, lors de leur ponte. La femelle reste alors au fond du terrier sur le dos et place ses œufs sur ses appendices abdominaux au fur et à mesure de leur expulsion, auxquels ils restent attachés par des filaments.

Huit mois plus tard, les œufs éclos se libèrent en mer sous forme de plancton qui flotte en pleines eaux et subit quatre mues. Au bout de la quatrième, la larve prend la forme d’un petit homard, qui s’établit alors sur le fond où elle creuse alors un terrier, au fond duquel elle grandit pendant deux ans.

Au stade larvaire, le homard est la proie de multiples prédateurs, poissons, mais aussi anémones, crabes, seiches. Le taux de survie des larves de homard américain est estimé à moins de 2%.

Un solitaire sédentaire

Hors la période de reproduction, le homard est un solitaire, qui passe ses journées dans son terrier. Le homard vit dans les zones rocheuses, vaseuses, plus rarement sablonneuses, ces dernières plus compliquées pour y creuses de solides terriers.

Ces derniers sont de vrais repaires, dûment nettoyés, avec toujours au moins deux entrées/sorties. Quand il y dort, le homard en bloque l’entrée par ses deux grosses pinces, comme un gardien de but.

Les espèces de homards

On distingue le homard canadien (Homarus americanus), le plus répandu sur les marchés, du homard européen ou homard bleu (Homarus gammarus), ce dernier parfois appelé « breton », bien que l’appellation ne soit pas officielle et que la principale zone de pêche soit plutôt normande.

Le homard américain, le plus répandu

C’est aujourd’hui le plus répandu, pour ne pas dire le plus envahissant sur les étals. De couleur bleu-vert à brun-rouge, il est plus gros que l’européen, avec un poids moyen de quatre kilos pour 50 centimètres de long. Sa chair est également moins ferme et réputée moins goûteuse que celle du homard européen.

Il vit dans l’océan Atlantique le long des côtes de l’Amérique du Nord, principalement en Caroline du Nord (États-Unis) et dans le Détroit de Belle-Isle entre le Labrador et Terre-Neuve (Canada). Mais aujourd’hui, ce crustacé a été accidentellement introduit dans les eaux suédoises et néerlandaises.

Le homard européen ou bleu, le plus rare

L’européen ou bleu est plus petit, de couleur bleu nuit tacheté de jaune sur la tête, ses deux paires d’antennes orange. Plus rare, sa chair est plus ferme et plus goûteuse. Il est aussi plus cher.

Il se pêche au large du Cotentin, notamment au large des îles anglo-normandes, et également dans les eaux britanniques.

Aujourd’hui, l’américain est le plus consommé au monde, le Canada en étant le premier exportateur. Des exportations portées par la demande chinoise, en forte hausse.

Homard bleu sur du sable dans l'océan

Le homard, immortel en péril

Au XVIIIe siècle, le homard américain était si abondant, qu”il était qualifié de “cafard de la mer” et servi aux prisonniers et au petit personnel, voire servait d’engrais dans les potagers. Au point que dans le Massachussets, les domestiques se révoltèrent, pour exiger de n’en manger que trois fois par semaine.

Le homard est l’animal presque éternel : étrangeté de la nature, son organisme et ses cellules ne vieillissent quasiment pas. De surcroît, il peut se reproduire toute sa vie. Le homard finit par mourir d’être trop gros et de manque d’énergie pour effectuer une nouvelle mue !

En revanche, la surpêche et l’eutrophisation de son milieu sont un vrai risque de disparition du homard. En un mot, l’Homme est capable de détruire y compris cet animal plus que résistant, uniquement parce qu’il est symboliquement de tradition d’en manger hors saison (le jour de l’An n’est pas du tout la pleine saison du homard) ou parce qu’il représente une certaine aisance sociale en Chine.

Par chance, au regard de la lenteur de sa croissance, l’élevage de homard n’est pas rentable, ce qui limite quelque peu notre imagination destructrice.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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