Jardin et potager

Green guerilla, ses fameuses petites “bombes à graines”

Se rebeller en semant de petites graines ...

Au arbres, citoyens ! Non au béton, mais aussi non à l’industrie agro-alimentaire. Née à New York et même un peu avant, la Green guerilla s’est toujours voulue un mouvement “activiste”, fin de jouer les lanceurs d’alerte au pied des immeubles.

L’histoire de la green guerilla

Si la Green guerilla est aujourd’hui principalement envisagée comme une démarche écologique, elle ne date pas tout à fait d’aujourd’hui. A XVIIe siècle dans une Angleterre en proie à la famine, les “diggers” – les “bêcheurs” – se mettent à cultiver illégalement des terres privées, faisant fi du consentement de leurs propriétaires et du versement d’une redevance. Par là-même, ils se rebellent contre l’ordre.

Cultiver et habiter les terrains communaux et ceux des propriétaires terriens sans leur consentement et sans redevances.

Green guerilla à New York

Quel lien entre la Green guerilla et le premier choc pétrolier de 1973, et plus généralement avec la situation économique d’une ville ? Ce n’est pas un hasard, si la Green guerilla voit le jour à New York. Dans ces années-là, Big Apple est en déficit. Les grèves de transports et des éboueurs s’y multiplient.

Avec le choc pétrolier, les bourse s’effondrent et le dollar est dévalué. A New York déjà en déficit, certains propriétaires d’immeubles décrépis préfèrent les abandonner. Faute d’argent, celle-ci la rase au lieu de les rénover. Résultat, une multiplication de terrains vagues.

C’est dans ce contexte que Liz Christy réunit des amis qu’elle convainc de faire pousser des végétaux, plantes, légumes, fines herbes et même arbres, sur ces friches. Celles-ci étant grillagées, ce groupe de pionniers a l’idée de “bombes de graines” – seeds bombs – qu’il jettent par-dessus. Avec la pluie, ces bombes de graines se disséminent dans la terre.

Green guerilla : bombes à graines, seed bomb
Des bombes à graines pour faire germer le changement

Séduite, la population adhéra à cette initiative. Le cercle d’amis du début grossit d’activistes de la Green guerilla. En 1973, le premier jardin communautaire se créa à Manhattan, à l’angle Houston street et Bowery street, pour un loyer symbolique de 1$ par mois versé à la municipalité.

A charge aux Green guerillas des différents quartiers et moyennant ce loyer symbolique, d’entretenir leur jardin communautaire. Aujourd’hui, New York compte un millier de jardins communautaires, le premier portant le nom de Liz Christy. Au total, ils produisent une tonne de fruits et légumes par an.

Néanmoins, en raison du statut juridique fragile de ces jardins, l’association des Green guerilla a tenu à conserver ce nom, afin de traduire sa lutte contre l’urbanisme.



Green guerilla à Londres

On n’ose plus dire que c’est par l’Angleterre que la Green guerilla est arrivée en Europe. Ce fut pourtant le cas, lorsque dans les années 2000, le Londonien Richard Reynolds en mal de verdure dans son quartier, planta des tournesols sur les rond-points et des choux au pied de son immeuble.

En 2004, ce diplômé d’Oxford et de la Royal Horticultural Society lance son blog et anime des conférences très suivies. De son point de vue, la Green guerilla :

“n’est pas une action agressive, même si certains l’envisagent de façon plus radicale, comme le mouvement parisien.”

La green guerilla en France

En France, l’association Rennes Jardin est considérée comme la pionnière des Green guerilla. Ce “village en résistance” est né rue de l’Alma, en réaction à la construction du métro et notamment de la destruction d’une maisonnette. Au lieu et place de celle-ci, Rennes Jardin a planté 200m2 d’ifs, de troènes et de merisiers. Elle a surtout obtenu la signature d’une convention avec la municipalité, autorisant l’association à végétaliser les murs.

Green guerilla à Paris

Les tags végétaux

En 2009, inspiré par Richard Reynolds, un étudiant de 22 ans, Gabeu, récupère de la mousse au bois de Vincennes, pour la coller (avec de la colle bio) sur les murs. Ses tags végétaux ont vocation à « changer le monde qui nous entoure et aider les gens à prendre conscience de l’importance de l’écologie ».

Green guerilla : pied de mur végétalisé dans une ville
Trottoirs végétalisés

Le Jardin Afghan

Depuis 2013, au bord du Canal St-Martin, au niveau du 203 du Quai de Valmy, pousse le Jardin Afghan, en référence à l’ancien camp afghan qui se situait sous le pont à proximité. Cette opération de Green guerilla en a gardé le système d’irrigation inspiré des qanats afghans, permettant de capter l’eau souterraine.

Ophélie Ta Mère Nature

A 30 ans, Ophélie Damblé, alias Ophélie Ta Mère Nature, a “tout plaqué” pour suivre une formation maraîchère en Sologne et se lancer dans la Green guerilla. Son ambition : verdir le Grand Paris. Après avoir fait des vidéos de ses premières initiatives, Ophélie Damblé a lancé sa chaîne youtube qui permet de s’initier à la démarche, de rejoindre un atelier. Et, plus généralement, de ne pas avoir peur de ne pas avoir les doigts verts.

Tistou les pouces verts
Prix: 5,90 €
Prix mis à jour le 26-09-2022 à 6:51 PM.

Green guerilla d’inspiration révolutionnaire ?

Ainsi que le constatait Richard Reynolds :

“si la Green guerilla n’était pas illégale, ce serait moins drôle, moins excitant. En même temps, beaucoup de gens n’y viennent pas, parce que c’est illégal”.

La Green guerilla est illégale, au sens où elle ne demande pas d’autorisation pour planter sur l’espace public.

Green guerilla et la révolution agro-alimentaire

Pour Ophélie Damblé, la démarche est à la fois politique et poétique. Ce que résume bien le titre de son ouvrage “Bye bye béton”.

Opération bye bye béton
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Après avoir joué un rôle de lanceur d’alerte sur la bétonisation à outrance, la Green guerilla participe pleinement de la prise de conscience de l’emprise de l’industrie agro-alimentaire. Les petites “bombes de graines” plantent des semences légumières locales et adaptées au contexte urbain.

A l’instar de ses débuts au XVIIe sicle, la Green guerilla se mobilise en faveur de l’autonomie alimentaire.

Green guerilla, et les villes ?

Plusieurs villes ont choisi de prendre en compte l’aspiration du citoyen, en mettant en place des permis de végétaliser. C’est le cas :

  • à Paris avec le « Permis de végétaliser »,
  • à Marseille avec le « Visa vert »,
  • ou encore à Strasbourg avec Convention de végétalisation.

Cette légalisation d’espaces publics autorisés à la végétalisation est une bonne initiative, à mettre tout de même en balance avec la poursuite de la bétonisation, de même qu’avec les expériences plus ou moins réussies des lieux proposés. A Paris, certains espaces de végétalisation citoyennes sur les trottoirs ont trop momentanément intéressé le parisien, pour se solder en pré-carrés en déjections canines.

Green guerilla

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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