Jardin et potager

L’eutrophisation, quand le milieu en a une indigestion

Un phénomène qui devient trop courant

Partout à travers le monde, l’effet est direct : l’azote, le phosphore et les nitrates utilisés en particulier dans l’agriculture font littéralement étouffer les écosystèmes. Focus sur l’ eutrophisation.

Un fait divers alarmant

En 2009, un cheval mourait intoxiqué sur une plage des Côtes d’Armor (Saint Michel-en-Grève), enfoncé jusqu’à l’encolure dans le trou d’1,50m d’une vasière à proximité d’une rivière recouverte d’algues vertes. Son cavalier aussi, avait été intoxiqué.

L’État fut condamné pour « carences » à mettre en œuvre de manière suffisamment efficace les règles nationales et européennes sur la protection des eaux « contre les pollutions d’origine agricoles » : pour la première fois condamné pour les conséquences sanitaires des algues vertes.

Définition : qu’est-ce que l’eutrophisation ?

Du grec eutrophos, « bien nourri », l’eutrophisation est un excès de nutriments au point qu’un écosystème n’est plus en mesure de le digérer.

Si certains milieux sont naturellement eutrophes (riches en nutriments) tels que les étangs de la Brenne ou de la Sologne, d’autres sont naturellement oligotrophes (pauvres en nutriments). Ces derniers sont majoritairement aquatiques : eaux douces, eaux saumâtres, certaines zones marines.

Les milieux oligotrophes sont aujourd’hui synonymes d’absence de pollution : il faut aller les chercher dans les endroits de plus en plus isolés (lacs d’altitude), la pluie contenant désormais souvent des nitrates.

Quelles sont les causes de l’eutrophisation ?

Les étapes de l’eutrophisation : tout part d’un déséquilibre

L’eutrophisation est déséquilibre du milieu par l’apport excessifs de nutriments, en particulier d’azote et de phosphore, qui sont deux nutriments des végétaux.

Cet apport excessif favorise les espèces à croissance rapide, au détriment de celles à croissance lente. A terme, ce déséquilibre provoque une privation d’oxygène (anoxie) qui détruit l’ensemble de la biodiversité.

Parmi ces espèces à croissance rapide, les “mange-lumières” qui dévorent l’espace vital des autres végétaux, et les cyanobactéries.

L’eutrophisation est un marqueur de la mauvaise qualité des eaux. Il se manifeste par la prolifération d’algues vertes sur le littoral, par une eau verte ou brune des eaux des lacs et rivières.



Schéma de l' eutrophisation
Schéma de l’eutrophisation

Un phénomène saisonnier ?

En hiver, le déficit de lumière est un facteur limitant de l’eutrophisation. Au printemps et en été, l’eau est naturellement moins concentrée en azote et en phosphore (dans certaines eaux, elle est même sensée être inexistante).

En milieu non pollué, l’équilibre se fait naturellement : en hiver par la moindre luminosité qui réduit la photosynthèse, à la belle saison par la moindre teneur de l’eau en phosphate et azote.

L’activité anthropique

Cet apport en excès d’azote et de phosphore est entièrement lié à l’activité humaine : utilisation massive d’engrais minéraux dans l’agriculture, élevage intensif, épandage de lisier de porc dans les champs qui contaminent les eaux par ruissellement, rejets d’eaux usées et de boues d’épuration imparfaitement traitées, pression urbaine sur le côtes, déforestation favorisant le ruissellement et l’érosion.

Azote et phosphore

Globalement, le phosphore est majoritairement contenu dans nos rejets domestiques (lessive) et industriels, l’azote dans les engrais agricoles.

En Bretagne, les algues vertes sont dues aux nitrates, contenus dans les engrais agricoles et le lisier.

Le réchauffement climatique

Selon une étude la la revue Science de 2018, en cinquante ans, la proportion des eaux sans plus d’oxygène a cru de façon alarmante : elle a décuplé sur les zones côtières.

Motif, le réchauffement climatique lié à l’effet de serre, aux effets accrus par l’eutrophisation du milieu. Un effet de cumul destructeur de sa biodiversité.

Les zones sensibles

Eutrophisation des lacs

Les eaux captives ou stagnantes (mares, étangs, lacs, marais) sont les premières touchées par l’eutrophisation. C’est aussi le cas de l’ensemble des zones côtières.

Les zones côtières

Interfaces entre le continent et l’océan, les zones côtières sont les plus vulnérables à l’eutrophisation anthropique : estuaires, baies et golfes sont, in fine, le réceptacle des eaux des rivières et des eaux souterraines.

En même temps zone de haute production biologique (elles sont le début de bien des chaînes trophiques), elles concentrent la plus forte pression anthropique. Au bout du compte, elles sont le réceptacle de tout.

A la superficie du globe, 500 zones eutrophisées couvrent une superficie de 245 000 km2 :

  • la mer Baltique,
  • la Grands Lacs laurentiens, l
  • a baie de Chesapeake,
  • le golfe du Mexique,
  • de très nombreux lacs et zones côtières de Chine,
  • les côtes bretonnes,
  • les lagunes méditerranéennes,
  • le lac Victoria

Le lac Victoria

A cheval sur l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie, le lac Victoria (68.000 km2 ) est le plus grand lac d’Afrique et le deuxième plus grand lac d’eau douce au monde. Il est aujourd’hui eutrophisé : la pression démographique a explosé, sans aucun aménagement pour le traitement de eaux usées. Le lac Victoria sert même de “car wash” à raison de 500 voitures en moyenne par jour.

Résultat, la prolifération de l’invasive de perche du Nil, poisson qui a supplanté les cichlidés, dont le lac Victoria était riche de 400 espèces différentes. Or, les cichlidés sont des poissons herbivores, ce qui créait un véritable équilibre dans ce lac au système lacustre.

Le lac d’Annecy

A l’inverse, le lac d’Annecy se targue d’être le lac le plus pur d’Europe. Dans les années 1950, au regard de l’industrialisation de la région, le Syndicat mixte du lac d’Annecy (SILA) a inauguré une ceinture de collecteurs d’eaux usés longeant les rives qui s’y déversent : finie l’eutrophisation.

Les eaux du lac seraient presque trop pures pour les cygnes, qui ont besoin de nutriments.

Photo d'un lac recouvert d'algues vertes à cause de l'eutrophisation

Eutrophisation : quelle solution ?

Un exemple qui redonne espoir

A la frontière des États-Unis et du Canada, le lac Erié avait été surnommé le “Dead Sea of North America”. Depuis les années 50, la situation s’est améliorée en dépit de sévères épisodes de cyanobactéries en 2010 et 2014, avec un engagement de réduction de 50% des phosphores de la part des deux États.

Des décisions politiques à intensifier

En Europe, l’adoption de la directive “Nitrates” en 1991 a signé le début d’une prise de conscience, mais on ne peut pas en dire autant pour le phosphate.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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