Vivre au naturel

Kleenex, stylo bic, couche : une brève histoire du jetable

Autrefois, synonymes de progrès, les objets à usage unique tendent maintenant à être bannis

De la couche-culotte au sac plastique, en passant par l’assiette, la lingette, le mouchoir en papier, l’appareil photo ou le stylo, les produits prêts à jeter ont envahi notre quotidien. Symbolisant d’abord le progrès puis le gaspillage, les produits éphémères continuent de prouver leur utilité. Retour sur l’histoire du jetable.

« King, toi qui penses toujours à inventer quelque chose, pourquoi tu n’imaginerais pas un objet comme la capsule de bouteille qui, une fois utilisé, serait jeté. Le consommateur reviendrait en acheter et avec chaque nouveau client, tu construirais une base de profit ».

Gillette inaugure l’ère du jetable

Ce conseil, King Camp Gillette le tient de William Painter, directeur de la Crown Cork and Seal Company, fabricant de capsules de bouteilles.

Nous sommes en 1891. La graine germe dans l’esprit de Gillette. Un matin, alors que la séance de rasage se transforme en une épreuve avec un coupe chou mal aiguisé, Gillette a une illumination.

Il file acheter des morceaux de cuivre, des limes, un étau et du ruban d’acier dans une quincaillerie de Boston. « Je tiens mon idée, notre fortune est faite ! », annonce- t-il à sa femme.

En 1901, l’American Safety Razor Company (qui prendra ensuite le nom de son fondateur) présente son premier rasoir.

Il est composé d’une lame fine à double tranchant, coincée dans un support : plus besoin de l’aiguiser, il suffit de la changer. «Vous aurez, en l’employant, la certitude d’être toujours rasé de près sans danger de blessure ou de maladie transmissible, vante une publicité de l’époque. Ses lames à double tranchant servent chacune de 10 à 40 fois et ne nécessitent ni repassage ni affilage. Elles sont remplacées à bon compte par des lames de rechange vendues séparément. »

Proposer un objet de grande consommation, renouvelable à l’infini, facile d’utilisation et à bas prix : avec cette recette, Gillette inaugure l’ère du jetable.

D’autres produits jetables arrivent sur le marché

De la couche-culotte au sac plastique, en passant par l’assiette, la lingette, l’appareil photo, le briquet ou le stylo, les produits prêts à jeter ont envahi notre quotidien. Ils connaissent un boom en Europe pendant les Trente Glorieuses (1946-1975), à une époque où se développe la consommation de masse.

Histoire du jetable : la révolution du plastique

La révolution du plastique permet alors de nombreuses innovations, notamment dans la sphère domestique.



Les produits jetables font partie de cette génération d’objets qui, comme l’électroménager, les sols en lino ou les meubles en Formica, vont simplifier la vie des femmes. Faciles d’emploi, ils représentent un gain de temps considérable à une époque où tout s’accélère : il n’y a ni à les ranger ni à les nettoyer puisqu’ils finissent à la poubelle.

Le Scottex

En 1966, aux États-Unis, la Scott Paper Company offre à chaque cliente qui achète ses serviettes ou ses mouchoirs une robe courte en papier jetable. Ce coup publicitaire fait des petits : une série de robes à bas prix en Tyvek, un matériau synthétique non tissé, voit le jour. Même l’architecture s’y met. En 1965, le Français Guy Rottier propose un concept de village de vacances en carton, à brûler après usage.

« A quoi bon encombrer nos sites touristiques de pseudo-maisons de vacances qui ne sont, en fait, que les duplicatas prétendus bon marché (et utilisés un mois par an) de nos habitations les plus traditionnelles, questionne-t-il avec ce projet. Il est temps de proposer des structures qui, après utilisation, puissent réellement libérer les paysages. »

Enfant écrivant sur un cahier avec un stylo BIC bleu des additions
L’histoire du jetable continue avec le stylo BIC auprès des écoliers

Le stylo BIC

En France, l’entreprise qui incarne le mieux cette révolution des modes de consommation s’appelle Bic. Avec son stylo à bille, le baron Marcel Bich change la vie des écoliers. Sa force : être pratique et accessible à tous.

Depuis son lancement en 1950, le Bic Cristal s’est vendu à plus de 100 milliards d’exemplaires dans le monde. Forte de ce succès, la marque développe sur le même modèle baquet (1972) et rasoir (1975). Peu onéreux et non rechargeables, ils font du petit bonhomme orange et noir une icône du jetable. Une image dont Bic aimerait bien se défaire aujourd’hui, alors qu’est ouverte la chasse au gaspillage.

Le Kleenex

Le petit mouchoir en papier de la société américaine Kimberly-Clark est devenu malgré lui synonyme d’éphémère : on parle ainsi d’emplois ou d’amours Kleenex. Qui pourtant mettrait en cause l’utilité de ces carrés blancs, proposés en 1924 comme serviette démaquillante ?

Fourchettes en plastique jetables sur fond rose
L’histoire du jetable continue avec les fourchettes, couteaux, cuillères… à usage unique

L’histoire du jetable continue avec l’arrivée en France dans les années 1960, du mouchoir en papier qui a tôt fait de reléguer au placard sa version en tissu. A environ 1 ou 2 centimes pièce, sans lessive, ni repassage, ni rangement : le choix est vite arrêté.

Aujourd’hui, un Français consomme près de 160 Kleenex par an. Cette réelle avancée en matière d’hygiène a été rendue possible par l’invention d’une nouvelle matière : le cellu-coton, une ouate fabriquée à base de cellulose.

Mise au point en 1914 par John Kimberly et Charles Clark, elle est, à l’origine, utilisée à l’hôpital pour panser les blessures en remplacement du coton.

Le briquet jetable

L’histoire du jetable continue avec le briquet à gaz qui fut inventé par Henry Pingeot. Et c’est Marc Quercia (directeur de la firme BIC) qui lança les tous premiers modèles en 1948. Sont ainsi apparus sur le marché le Crillon, un briquet de table et le Gentry, un briquet de poche.

À partir des années 1960, les briquets à gaz furent produits en très grande quantité. Leur fonctionnement est simple : ils engendrent l’ignition d’un gaz inflammable en quelques secondes.

Tas de briquets BIC jetables entassé : jaune, rouge, blanc, gris, bleu
Ils s’enflammèrent pour le briquet jetable !

Les couches pour bébés

Avant l’apparition des couches jetables, changer un enfant était une tâche longue et fastidieuse. Il fallait ôter la couche sale, la laver et la faire sécher avant de la réutiliser. L’invention des couches jetables fut donc une vraie révolution pour les parents !

La couche jetable ne date pas d’hier. En réalité, sa toute première commercialisation date de 1961. Sa création est celle d’un ingénieur chimiste travaillant pour l’entreprise Procter & Gamble : Victor Mills. Ses travaux ont débuté dans les années 50 : il chercha une solution plus facile pour mettre des couches à son propre petit-fils. C’est la naissance des célèbres couches Pampers.

Au tout début, les couches jetables prenaient la forme d’une alaise rectangulaire, très pratique pour les mamans comme pour leur bout de chou. Mais au fil des ans, les couches jetables ont connu une certaine évolution afin d’offrir toujours plus de confort à bébé. Outre leur côté confortable, les couches jetables sont :

  • Bien pensées : leur conception pratique permet d’éviter les fuites et de limiter les odeurs.
  • Disponibles en plusieurs tailles : la large gamme aujourd’hui disponible permet de répondre aux morphologies de tous les petits.
  • Transportables de partout : elles ne tiennent pas de place et une fois souillée, il suffit de jeter la couche directement à la poubelle.
  • Discrètes : elles peuvent être portées sous n’importe quel vêtement.

À titre informatif, un bébé utilise en moyenne 4000 couches au cours de ses premières années, ce qui génère une quantité astronomique de déchets ! Pour les réduire, une solution possible est de passer à la couche lavable, celle-ci ayant réellement évolué dans sa fiabilité et sa facilité d’emploi ces dernières années.

Les lingettes 

Après les couches, place aux lingettes ! Utilisées depuis 40 ans environ, les lingettes sont destinées à l’hygiène des fesses des bébés (et des enfants).

Au fur et à mesure des années, les lingettes pour bébés ont connu une certaine évolution : des ingrédients spécifiques ont notamment été ajoutés dans leur composition. Exemples : des lingettes composées d’ingrédients permettant de rétablir le pH naturel de la peau ou permettent de prendre soin de la peau sensible de votre bout de chou sont aujourd’hui commercialisées.

La vaisselle jetable, petite histoire de la fourchette

C’est à la fin du XIXè siècle que sont apparues les toutes premières assiettes en papier. Sa production est celle du maître relieur Henschel à Luckenwalde.

Aujourd’hui, la gamme de vaisselle jetable est très large et permet de répondre à tous les besoins. Fourchettes, assiettes, verres, gobelets, couverts, verrines, plats… la vaisselle jetable se prête à toutes les occasions (pique-niques, buffets, événements particuliers (anniversaire, baptême, etc…)). Autre avantage : la vaisselle jetable permet un gain de temps considérable. Il est inutile de la laver, de la faire sécher et de la ranger. Gros inconvénients : que de déchets et ressources gaspillées !

Le saviez-vous ? Vous n’êtes pas obligé(e) de vous tourner vers de la vaisselle jetable en plastique. En effet, il existe de la vaisselle jetable écologique conçue à partir de canne à sucre ou même de bambou. Grâce à ces alternatives, vous pouvez donc utiliser de la vaisselle jetable en réduisant votre nuisance sur l’environnement. Autre possibilité, acheter de la vaisselle lavable et solide à utiliser pour les pique-niques.

Hsitoire du jetable se continue avec les matière naturelle : assiette et plat en carton, fourchettes, couteaux en bois
De la vaisselle jetable en matière naturelle et compostable

Les emballages

C’est à la période de la Préhistoire que sont apparus les premiers emballages : des feuilles ou des peaux d’animaux étaient alors utilisées. Dès 1500 avant J.C, ce sont des récipients en verre qui étaient conçus par les Égyptiens. Une jarre pourvue d’un onguent avec un couvercle en plomb fut quant à elle découverte parmi les vestiges romains.

Les évolutions en matière d’emballages ont ensuite connu une certaine accélération en raison de l’exode rural. Le XXe siècle est la période des emballages plastique. Pots de yaourt, barquettes, bouteilles… le plastique est omniprésent. D’ailleurs, en 1950 sa consommation était établie à 5 millions de tonnes. Aujourd’hui, elle s’élève à 100 millions de tonnes !

Les sacs plastiques

Le sac plastique de caisse a fait son apparition en 1957 aux USA. Mais il faudra attendre les années 1960 pour voir apparaître les sacs en plastique avec poignée.

Et quelques années plus tard dans les années 1970, les sacs en plastique sont présents de partout ! Leurs particularités ? Ils sont légers, mais ultras résistants (ils peuvent supporter jusqu’à 2000 fois leur poids).

Point noir cependant : leur impact sur la planète. Il faut environ 400 ans pour qu’un sac plastique se décompose dans la nature. Par ailleurs, une étude menée par le Trinity College en Irlande et apparue en 2015 prouve que les sacs plastique en mer représentent un réel danger pour la faune aquatique, sans parler du microplastique, une pollution moins visible, mais non moins dangereuse.

Certains gouvernements ont donc pris des mesures pour limiter, voire interdire leur utilisation. En France, depuis le 1er juillet 2016, les sacs plastiques à usage unique et distribués gratuitement en caisse sont interdits dans tous types de supermarchés. Une interdiction a aussi été établie pour les sacs dont l’épaisseur est inférieure à 50 micromètres.

Masque jetable jeté parterre dans une rue - Histoire du jetable
L’histoire du jetable se poursuit à l’heure de la pandémie

Histoire du jetable à l’hôpital

Dans le milieu médical, les objets à usage unique (masques, gants, blouses, seringues, sets de soins, outils chirurgicaux) ont permis une diminution des infections nosocomiales. Le tout pour un coût d’usage 1,8 fois moins élevé par objet que leurs homologues stérilisés et réemployés, selon une étude réalisée par l’hôpital Saint-Antoine à Paris en 2009.

Pour vous protéger en cette période de crise sanitaire, n’hésitez pas à découvrir nos tutoriels pour fabriquer vous-même votre masque anti-virus, une alternative sans déchet et plus responsable.

Cette histoire du jetable est aussi l’histoire de la surconsommation, de l’utilisation des ressources à outrance, de la pollution et du gaspillage. Point lumineux à l’horizon : des prises de conscience s’opèrent, des restrictions sont mises en place et des alternatives proposées. C’est à nous tous de jouer !

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