Animaux sauvages

Le blobfish, seulement l’animal le plus moche du monde ?

Il pourrait avoir disparu avant d'être connu

Avec son nez qui pendouille et son visage incroyablement humain, l’image Mr Blobby a fait le tour du monde. Mais qui est vraiment le blobfish, ce poisson marin devenu la mascotte de la Ugly Animal Preservation Society ? Pas sûr qu’on le sache, avant qu’il n’ait disparu sous les effets du chalutage.

Le blobfish, seulement l’animal le plus moche du monde ?

A l’origine, Mister Blobby

En 2003, lors de l’expédition scientifique Norfanz, qui explore la biodiversité des eaux profondes au large de la Nouvelle-Zélande, le navire océanographique RV Tangaroa attrape dans ses filets une forme flasque.

En anglais, “blob” est une goutte. C’est aussi un truc informe et poisseux. Quelque chose de “blobby” est aussi “uggly”, affreux. Les scientifiques nomment instantanément le poisson abyssal “Mr Blobby”.

Le blobfish (Psychrolutes marcidus) est encore plus “blobby” lorsqu’à des fins de conservation, l’Australian Museum de Sydney le plonge dans une solution d’alcool. Et voilà que le pauvre en a la peau resserrée et son gros nez qui pendouille.

La mascotte de la Ugly Animal Preservation Society

Afin d’immortaliser le spécimen, les scientifiques le prennent ensuite en photo. C’est cette photo du blobfish, qui fait le tour du monde. Horreur, non seulement il est moche, mais il a un visage indéniablement humain. L’image qu’il nous renvoie de nous-même depuis les abysses est modérément top.

Pourtant, en 2010, le biologiste et humoriste Simon Watt crée la Ugly Animal Preservation Society, association de préservation des espèces animales considérées comme moche, dans le but de sensibiliser le grand public à leur préservation.

En effet, il est plus difficile de lever des fonds pour la protection des espèces animales qui nous sont repoussantes, que pour celles que nous aimons bien. Pourtant, elles sont tout autant essentielles aux écosystèmes. Simon Watt organise alors des spectacles au cours desquels chaque comédien défend un animal hideux à nos yeux. A la fin, le public vote pour son animal moche préféré.

Mieux, en 2012, l’association lance une campagne en ligne, pour faire élire par les internautes, l’animal le plus moche de tous. La photo du blobfish fait le tour du monde sur la toile. Il devient la mascotte de la Ugly Animal Preservation Society. Le voici internationalement connu comme étant “l’animal le plus moche du monde”.

Blobfish : un poisson des abysses

En réalité, le blobfish ne correspond pas à la caricature couleur fuchsia des produits dérivés, peluches ou bandes dessinées, avec son nez qui pendouille au milieu d’une face de lune avec les yeux enfoncés. Cette image déformée est la reproduction de la fameuse photographie déjà déformante.

Blobfish : poisson des abysses déformé



Un poisson sous pression

Petit rappel de physique sur la pression de l’eau, à -10 mètres de profondeur, le poids de l’eau est d’un litre par centimètre carré, soit d’un kilo par cm2. Cela s’appelle un bar. A -20 mètres, la pression est de deux bars.

Le blobfish vivant jusqu’à 2000 mètres de profondeur, la pression de la colonne d’eau qui s’exerce sur lui est d’environ de 200 kilos par cm2. C’est beaucoup…

Pour ne pas être totalement écrasé, ce poisson a le corps adapté.

Pas de vessie natatoire

A peu près tous les poissons à nageoires rayonnées ont une vessie natatoire, une poche interne qui se remplit plus ou moins de gaz selon la profondeur à laquelle ils nagent. Dans les abysses, cette vessie exploserait sous la pression de l’eau. Le blobfish en est donc dépourvu. Il vit exclusivement au fond de l’eau.

Un corps gélatineux

Le blobfish est bien “blobby” au sens de gélatineux, pour les mêmes raisins de pression. Ses muscles ont une densité inférieure à l’eau, ce qui lui permet de flotter et aussi de se maintenir au fond de l’eau sans dépense d’énergie démoniaque.

Nourriture du blobfish

Le blobfish se nourrit ! Il mange des escargots de mer, des crabes et de la neige marine, celle-ci étant la décomposition du plancton mort, qui tombe depuis la surface au fond de la mer.

La reproduction du blobfish

Les premières observations de sa reproduction ont été effectuées en 2000 au large de la Californie. La femelle pond entre 1 000 et 100 000 œufs de couleur rose, qui forment un « nid flottant » à quelques centimètres du fond marin et qu’elle nettoie régulièrement.

Qui sont les prédateurs du blobfish ?

Selon les observations de cicatrices de ventouses sur son corps, il serait la proie de mollusques, de calmars et de pieuvres.

blobfish pêché en Australie et Nouvelle-Zélande au chalut

Blobfish : vulnérable à cause de la surpêche

La chair et les muscles du blobfish sont impropres à la consommation humaine. Aucun risque d’exploitation de ce côté-là.

En revanche, alors qu’il est encore méconnu, ce poisson est déjà une espèce vulnérable, à cause des chaluts, ces filets de pêche qui raclent le fond des mers, en l’occurrence pour la pêche à la langouste.

Dans l’océan austral, les zones protégées ne concernent que les régions de récifs coralliens d’eau froide. Or, l’Australie et de la Nouvelle-Zélande sont très actives en matière de chalutage. Si bien que le blobfish pourrait disparaître avant d’avoir révélé tous ses secrets, notamment son rôle dans l’écosystème marin.

Il serait alors l’emblème des Abysses, détruits par l’Homme avant d’avoir pu être entièrement étudiés.

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

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