Actualité

Aires Marines Protégées : utiles ou escroquerie ?

Quelle protection pour les mers et océans ?

Les Aires Marines Protégées (AMP) jouissent d’une image positive de service écologique rendu. Mais la logique de superficie prend nettement le pas sur celle de la protection, quand beaucoup ne sont que des AMP « de papier ».

Aires Marines Protégées, des espaces délimités en mer

Ainsi les AMP sont des parcelles de mer conçues pour préserver les écosystèmes marins et réduire les coûts induits par la destruction du milieu.

En voici une définition :

« Les aires marines protégées sont des espaces délimités en mer qui répondent à des objectifs de protection de la nature à long terme. (…). La plupart des aires marines protégées permettent de concilier les enjeux de protection et le développement durable d’activités. » (source : site du Ministère de la Transition écologique).

Aires Marines Protégées dans le monde

Imaginées au Sommet de la Terre en 1992, les Aires Marines Protégées sont reconnues comme « l’outil à même de protéger et éventuellement restaurer la capacité des écosystèmes à fournir des bénéfices.» (source : PISCO, Partnership for Interdisicplany Studies Of Coastal Oceans).

Les catégories d’aires marines protégées

Leur classification de I à VI (I = protection intégrale, VI = utilisation durable des écosystèmes naturels) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) établit une « norme globale » que les États peuvent intégrer à leur propre législation, selon leurs objectifs de gestion.

En 2010, lors de la Convention sur la diversité Biologique, les États membres des Nations unies se sont fixé l’objectif de placer 10% des zones marines et côtières en Aires Marines Protégées d’ici à 2020.

Aires marines protégées en Méditerranée

En 1976 en Méditerranée, mer sous haute pression anthropique, tous les États avaient signé la Convention de Barcelone portant sur la prévention et la réduction de la pollution marine et se sont ensuite engagés à appliquer la Convention sur la Diversité Biologique.

Listes des aires Marines protégées en France

En France, l’Office français de la biodiversité (fusion de l’Agence française pour la biodiversité et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage) est l’outil de gestion national des AMP, celles-ci étant classées en six catégories (loi du 14 avril 2006) dont le Parc naturel marin est la protection la plus complète.

Les Parcs naturels marins

La France dispose de 3 Parcs nationaux marins (Port-Cros créé en 1963, Le Parc National de Guadeloupe et le Parc National des Calanques).



Le premier Parc naturel marin a été celui de la mer d’Iroise (3 500 km² à la pointe du Finistère) et le dernier celui de la Martinique (couvrant la totalité de la Zone Exclusive de l’ile). Le plus grand est celui de Mayotte, dans le stratégique canal du Mozambique, (68 381 km²).

Aires marines protégées en Bretagne
Aires marines protégées en Bretagne

Créé en 2014, le Parc naturel de la mer de Corail en Nouvelle Calédonie est la plus grande AMP française (1 244 000 km²).

Les sites Natura 2000

Le réseau européen des sites Natura 2000 (préservation sur le long terme des espèces et habitats menacés, à fort enjeu écologique) a été étendu à la mer. Les sites Natura 2000 font partie de la classification des AMP françaises.

Ainsi en 2018 en Nord Bretagne, deux nouveaux sites Natura 2000 ont-ils été créés à l’ouest des îles anglo-normandes, lieu d’activités anthropiques (pêche, trafic maritime et défense nationale) et sites du marsouin commun, du fou de Bassan, du fulmar boréal et de la mouette tridactyle.

Oiseaux marins: Entre ciel et mers.
Économisez: 2,00 € (9%)
Prix mis à jour le 3-12-2020 à 7:39 AM.

Les sanctuaires marins

Les sanctuaires marins sont reconnus comme des Aires Marines Protégées : c’est le cas en Méditerranée du sanctuaire Pélagos, « aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne » (France, Italie, Monaco) de protection des mammifères marins.

Le second sanctuaire de mammifères marins français devenu une AMP est Agoa dans les Antilles françaises, 138 000 km2 correspondant à la ZEE de celles-ci. La chasse à la baleine y est désormais interdite.

Les zones de conservation halieutiques

Dernières AMP en date, les zones de conservation halieutiques créées en 2017, dont l’objectif est de préserver à long terme les espèces exploitées (poissons et coquillages principalement) et de bénéficier à terme aux pêcheurs qui les exploitent.

Aires marines protégées, protection ou logique de superficie ?

En mai 2019, Emmanuel Macron avait fixé l’objectif de protection de 30% du territoire terrestre et maritime d’ici à 2022, dont 10% de protection forte (un tiers de ces 30% en « pleine naturalité »).

AMP françaises, quelle Stratégie nationale pour 2030 ?

Les ONG ont dénoncé le « manque d’ambition » de la Stratégie nationale 2030 présentée le 9 juillet dernier par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, pour atteindre cet objectif : contrairement à l’annonce du chef de l’Etat, il n’est plus question de « protection intégrale » (no take-zones), mais que « les pressions engendrées dans ces zones soient significativement limitées ».

Greenpeace dénonce une « notion floue » et « très en deçà des recommandations et définitions des protections fortes établies par l’UICN ». Pour Nicolas Fournier, le directeur de campagne d’Oceana, « c’est la définition d’une aire marine protégée classique. » (source : Journal de l’Environnement)

L’annonce du chef de l’État augurait un changement de logique conforme aux recommandations de la communauté scientifique (l’UICN), celle de la ministre le contraire. Réponse définitive en janvier 2021 à Marseille, avec la présentation de la Stratégie nationale au Congrès mondial de la nature.

AMP françaises, quelle logique de répartition ?

Les ONG dénoncent en outre la mauvaise répartition de ces AMP sur les façades maritimes : un non-sens : « c’est pour cette raison que nous demandons que ce soit chaque façade de la métropole et chaque région maritime des territoires d’outre-mer qui bénéficient de 10% de protection forte. » (source : Greenpeace).

AMP françaises, (aussi) une logique de superficie

En 2021, les aires marines protégées françaises s’agrandiront de la réserve naturelle des TAAF (archipels de Crozet et des Kerguelen, et des îles Saint-Paul et Amsterdam) : 22.700 kilomètres carrés en « protection forte », qui permettront de faire le compte des 10% d’AMP en « protection forte ». (source : Journal de l’Environnement,)

En février 2020, lors du 4eme Conseil de défense écologique, Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé que la France aurait, à son tour, l’une des plus grandes aires marines protégées du monde : Tainui Atea en Polynésie française, 4,8 millions de km², soit « à elle seule, la couverture mondiale de 10% des océans ».

Au total, plus de 20% des eaux françaises ont un statut d’AMP, mais à peine 1.7% ont une protection forte : 0,05% en métropole et 1,65 % en Outre-mer (dont 80% sont dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)).

AMP françaises : quel plan de gestion ?

Selon l’étude menée par le WWF en partenariat avec Sky Ocean Rescue, 95% des AMP françaises n’ont pas de plan de gestion. Au niveau européen, 19 des 23 États membres de l’Union européenne ayant une façade maritime sont « en retard dans l’élaboration des plans de gestion de leurs aires marines protégées (AMP) ».

Au total, 1,8% de la zone marine européenne est couverte par des AMP avec plans de gestion, sur les 12,4% inscrites en « protection forte ».

AMP françaises et Aïchi, protéger « efficacement et équitablement »

Officiellement, « depuis juillet 2019, 23,5 % des eaux françaises sont couvertes par au moins une AMP. L’objectif fixé à 20 % à horizon 2020 – deux fois supérieur aux engagements internationaux – est d’ores et déjà atteint.» (source : site du Ministère de la Transition écologique).

A quoi correspond cet engagement ? La France a signé la Convention sur la diversité Biologique (2010) et l’Agenda 2030 pour le développement durable des Nations Unies).

La CDB et l’Agenda 2030 engagent les pays contractants à protéger « efficacement et équitablement » 10% de leurs eaux territoriales avant 2020. (source : l’Observatoire des réserves sous-marines et des aires marines protégées des côtes françaises de la Méditerranée, MEDAMP)

La CBD repose sur l’adoption des objectifs d’Aïchi : « protéger efficacement et équitablement 10% des eaux territoriales avant 2020. »

Mais l’objectif d’Aïchi n’est pas atteint : selon la communauté scientifique, seules les AMP intégrales (les no take zone) bénéficiant d’une surveillance spécifique sont à même à répondre à « l’effet réserve » (préservation et renouvellement des stocks de poissons). Les AMP partiellement protégées ont des résultats très inférieurs.

En 2018 déjà, la première méta-analyse du CNRS sur l’efficacité écologique des AMP de protection partielle, soit la catégorie la plus nombreuse, pointait du doigt « l’efficacité floue » des aires partiellement protégées.

Quant à l’équitabilité, toujours selon le MEDAMP, ces AMP intégrales doivent être entourées de cercles concentriques de zones tampons réservées en premier lieu aux pêcheurs professionnels (pêche traditionnelle non industrielle).

La Méditerranée, des Aires Marines Protégées de papier

Résultat d’AMP sans protection forte et sans surveillance, la Méditerranée : les 1140 AMP ne couvrent que 5 % de sa surface (1,08% si l’on exclut le Sanctuaire PELAGOS) à 66% situées au Nord-ouest, souvent de petite taille et « de papier » : théoriques, faute de gestion et surtout de surveillance.

Pour en savoir plus

La rédaction de Toutvert.fr vous invite à découvrir les articles suivants :

Pascale

Née en 1960 à Dakar au Sénégal, Pascale est toujours un peu cet enfant qui a grandi au bord de la mer, même si elle vit aujourd’hui à Paris. Les obligations professionnelles de ses parents l’ont amené à voyager à travers le monde et à rejeter le matérialisme pour se concentrer sur l’humain. Quand elle arrive en France pour faire Sciences Po Paris, c’est un grand décalage qui l’attend. Elle conforte alors sa vision de la vie aux autres jeunes gens de son âge. Elle s’habitue à ce nouveau rythme, mais c’est la perpétuelle recherche du « reste du monde » qui la guide et la mène au journalisme. Elle découvre la radio, elle collabore d’ailleurs toujours à Radio Ethic, puis le média web. Ses domaines de prédilection : le sport, pour sa dimension d’échanges et partages, et l’écologie bien sûr. Elle la vit au quotidien en se déplaçant à bicyclette et trouvant toujours une astuce récup’ pour ne pas acheter neuf inutilement. Elle rejoint l’équipe de Toutvert.fr en 2016, dont elle devient rapidement un pilier central !

Nous vous conseillons aussi

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Nous vous conseillons aussi

Fermer
Bouton retour en haut de la page
Fermer