Agriculture sauvage ou la révolution d’un seul brin de paille

« Ma ferme n’est pas cultivée », n’eut de cesse de souligner Masanobu Fukuoka, insistant sur son côté contemplatif de la nature et partisan du moindre effort. Il y a vingt ans déjà, ce petit homme, ainsi qu’il aimait à se présenter, assistait à la deuxième conférence internationale de la permaculture. Son credo : cessez de dénaturer la nature, elle vous le rendra, passez à l’agriculture sauvage.

« Je n’utilise ni fertilisants, ni produits chimiques. De ce fait, on y trouve plein d’animaux et d’insectes » c’est ainsi que Masanobu Fukuoka décrit sa ferme. Le précurseur de la permaculture et de l’agriculture sauvage avait également l’habitude d’ironiser en affirmant ne lire que les livres qu’il avait écrits : « La révolution d’un seul brin de paille » est désormais une référence, fruit de 50 ans d’expérience, dans sa ferme nippone sur l’île de Shikoku, où il avait préféré se retirer après ses doutes sur l’agriculture scientifique, lorsque ce microbiologiste travaillait à la direction de l’inspection des plantes, aux douanes de Yokohama.


Panorama sur les alternatives agricoles :

Aujourd’hui, son discours sur l’agriculture sauvage trouve heureusement un écho auprès de chercheurs tels qu’en France, Claude et Lydie Bourguignon qui, après avoir quitté l’Inra, ont choisi de bifurquer pour réparer les sols devenus stériles, à force d’agriculture intensive.

Fukukoa résumait ainsi l’histoire agricole de l’Europe : de l’élevage pour la viande des rois, et des vignes pour le vin d’église. Si la terre est encore riche, le désert y progresse en sous-sol.

« Cultiver est lié à la civilisation, là commence l’erreur ». Pour Fukuoka, le drame de l’agriculture intensive est l’outil : le labour détruit toute la vie du sol, sans rien apporter d’autre qu’une virile satisfaction à l’agriculteur juché sur son tracteur. Quant à la hache, pourquoi brutalement amputer la nature ?




"cessez de dénaturer la nature, elle vous le rendra, passez à l'agriculture sauvage".
« Cessez de dénaturer la nature, elle vous le rendra, passez à l’agriculture sauvage ». Masanobu Fukuoka

Les pesticides créent l’illusion de réparer le saccage, en l’achevant. Une désertification qui menace aujourd’hui le monde entier.

A l’aune de son expérience et de travaux menés avec l’ONU, Masanobu Fukuoka a énoncé les principes de base d’une agriculture sauvage ou naturelle. Ni labour, ni élagage, ni désherbants destructeurs, ni engrais chimiques : au lieu de brutaliser la nature, respecter son équilibre est en soi parfait, pour obtenir de très hauts rendements.

Y compris les « mauvaises » herbes sont utiles : leur trop grande abondance est le signe que les espèces plantées ne sont pas adaptées au sol.




ET AUSSI : l’agroforesterie ou agriculture forestière

Fukuoka a exposé le rôle de la paille en hiver, d’où le titre de son ouvrage de référence : « …répandre de la paille… est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d’hiver. C’est en relation avec tout, avec la fertilité, (…) la protection contre les moineaux, l’irrigation (…). L’utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c’est quelque chose que je ne peux faire comprendre aux gens ».

Pour se faire comprendre, Fukuoka rappelait que le Jardin d’Éden avait été conçu en sept jours, le septième pour se reposer. Et d’expliquer qu’au lieu de vêtements, les Occidentaux feraient mieux d’envoyer des graines aux pays d’Afrique auxquels ils veulent venir en aide. Y compris dans le désert, la nature est capable de reprendre ses droits !

Enregistrer

Enregistrer




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre *