Comment lutter contre l’obsolescence programmée de nos appareils ?

Souvent qualifiée de « dérive de la société de consommation », l‘obsolescence programmée caractérise la durée de vie volontairement écourtée des appareils électroniques par le fabricant, incitant le consommateur à racheter neuf le produit soudainement défectueux.

Pour lutter contre, plusieurs mesures ont déjà été prises par les pouvoirs publics. Depuis le 17 mars 2014, la loi « Hamon » oblige les fabricants à indiquer la date limite de disponibilité des pièces détachées indispensables à leurs produits et à les fournir. Un délit d’obsolescence programmée est même reconnu dans la loi de transition énergétique, défini comme « tout stratagème par lequel un bien voit sa durée de vie sciemment réduite dès sa conception limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique ». Il pourra faire l’objet de sanctions pénales (jusqu’à deux ans de prison et 300 000 euros d’amende), au même titre que d’autres pratiques commerciales trompeuses.


Outre les obligations réglementaires, changer les pratiques des fabricants mais aussi les habitudes des consommateurs passe par une alternative : (ré)apprendre à réparer !

Comment lutter contre l'obsolescence programmée de nos appareils ?

Les différentes formes d’obsolescence programmée

Avant tout, il est nécessaire de connaître les différentes formes de cette obsolescence. Un rapport d’information datant de 2011 en recensait les principales :

  • L’obsolescence indirecte (ou par défaut fonctionnel) : Elle se caractérise par la perte ou le non fonctionnement d’une pièce de l’appareil, ou le défaut de pièce de rechange sur le marché. Elle s’applique principalement pour les téléphones portables, notamment concernant les batteries. Parfois appelée obsolescence de service après-vente, elle incite le consommateur à racheter le produit neuf plutôt que d’entraîner des réparations longues et onéreuses.
  • L’obsolescence d’incompatibilité : Elle concerne les produits ne fonctionnant plus avec les nouvelles mises à jour, tel le logiciel informatique devenu obsolète suite à la nouvelle version d’un programme.
  • L’obsolescence esthétique : Elle concerne les appareils ou les vêtements par exemple, ayant soudainement subi un coup de vieux esthétique par rapport à leur version plus récente, ou n’étant plus à la mode. Un cas de désuétude bien connu des aficionados de la marque Apple. A ce niveau, le comportement du consommateur peut également être mis en cause…
  • L’obsolescence de fonctionnement : Il s’agit des produits programmés pour ne durer qu’un certain temps, notamment les lave-linge, téléviseurs, fours à micro-onde

5 façons de lutter contre l'obsolescence programmée




Pour lutter contre ces pratiques industrielles, les solutions citoyennes se multiplient ainsi que plusieurs plate formes afin de guider les consommateurs touchés. Certaines entreprises y voient même de nouveaux business, qu’il s’agisse de start-up ou de grandes enseignes de bricolage qui commencent à s’intéresser à l’émergence d’un nouveau citoyen-bricoleur. À vos marques, réparez !

Réparer depuis chez soi

Les sites de bricolage et réparation ne manquent pas sur internet. La plateforme participative Commentreparer.com, créée par Damien Rave, s’adresse aux novices qui veulent ouvrir le ventre de leurs appareils plutôt que de les remplacer illico. Elle fonctionne sur le principe du forum : on y expose son cas et la communauté des bricoleurs répond. Tablette en panne, tabouret bancal, lave-linge qui fuit : toutes les questions sont les bienvenues. Le site propose également des astuces et fiches pratiques, ainsi que des liens vers des boutiques de pièces détachées. Très précieuses lorsqu’on se lance dans la réparation. Parmi les nombreux sites de vente en ligne (Jerepare.fr, Envie 2E, 1001 pièces….), Spareka permet non seulement de commander les pièces à changer mais accompagne aussi le débutant avec des tutoriels qui aident à diagnostiquer la panne et, surtout, vous guident pas à pas pour réparer vos équipements. Enfin, le site Oureparer.com (encore en test) permet, avant de se déplacer, de localiser les points de réparation dans sa ville ou son quartier, en fonction de l’objet concerné.

Comment lutter contre l'obsolescence programmée de nos appareils ?

Réparer avec les autres

Réparer soi-même tout en profitant des outils et surtout des savoirs, de l’expérience et du coup de main d’autres bricoleurs plus avisés, c’est désormais possible dans les Repair’Cafés, ouverts à tous et gratuits, qui essaiment un peu partout en France. L’association du même nom vous permet de les identifier. Chacun peut devenir bénévole du réseau et créer son propre événement. Des experts sont invités pour l’occasion (électriciens, menuisiers, réparateurs de vélos, couturières…). C’est aussi ce qui se passe dans les Fab Lab, ces ateliers de fabrication ouverts qu’on ne présente plus. Moyennant une cotisation, on peut y bidouiller à loisir. Lbutil star, l’imprimante 3D, permet d’y oser la fabrication de pièces détachées grâce à des plans en open-source. Solution plus onéreuse : la location d’un atelier. À Paris, les ateliers en libre-service Mon Atelier en ville ou encore l’Établisienne, par exemple, permettent de louer espace et outils. Mais attention, vu les tarifs à l’heure, mieux vaut être un bricoleur un peu entraîné.




Comment lutter contre l'obsolescence programmée de nos appareils ?

Faire appel à ses voisins

Réparer, c’est aussi l’occasion de faire appel à l’oncle bricoleur, ou bien au voisinage. La plate-forme Share Voisins permet de repérer dans son quartier des objets utiles de toutes sortes, à partager. Et de fil en aiguille, lorsque le contact est établi, qui sait si ce voisin ne viendra pas donner un coup de main ? Les réseaux d’échanges réciproques des savoirs ou les systèmes d’échanges locaux (SEL) de services sont aussi des bons plans pour trouver une aide.

Réparer avec les grandes enseignes

Le virus du Do It Yourself de la réparation est en passe de gagner certaines grandes enseignes de bricolage. Chez Leroy Merlin par exemple, il est possible de louer de l’outillage à la journée. L’enseigne, qui ne reste pas différente au mouvement des Fab Lab, a également ouvert, dans son magasin d’Angers, un premier atelier de fabrication-réparation pour « favoriser le « faire ensemble » et l’apprentissage ».

Une première appelée à être dupliquée : l’enseigne a pour projet, en partenariat avec l’américain Techshop, la création à l’automne prochain d’un grand espace collaboratif de fabrication en région parisienne. Chez Castorama, on surfe aussi sur la vague collaborative et circulaire. Dans les tuyaux, un programme de SAV 3D qui devrait permettre d’imprimer les pièces détachées d’objets achetés dans l’enseigne ou encore la promesse d’un « Uber » de la réparation, en partenariat avec la start-up Lesdeparmeurs.fr.

Faire réparer par un artisan

A commencer par le cordonnier, qui donne à nos chaussures favorites une seconde naissance. .. En effet, il ne faut pas oublier les artisans lorsqu’on parle réparation. À la faveur de cette nouvelle appétence pour l’allongement de la durée de vie de nos objets, certains professionnels s’organisent pour être davantage visibles. En Rhône-Alpes et en Aquitaine par exemple, les chambres des  métiers et de l’artisanat ont mis en place un label «Repar’acteurs» afin de mieux faire connaître ces artisans de la réparation et inciter les consommateurs à s’adresser à eux.




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