Fracking, cet inconnu…

Qu’entend-on réellement par ‘fracking’ ou, en français, par fracturation hydraulique ? Ce terme anglais désigne une technique particulière d’extraction du pétrole ou du gaz naturel, utilisée pour la première fois au Etats-Unis en 1947 par la société Halliburton, puis perfectionnée au cours des années suivantes.


Cette méthode exploite la pression des liquides afin de provoquer des fissurations au niveau des strates rocheuses les plus profondes de la terre. Elle facilite alors l’écoulement du pétrole ou du gaz présents dans les formations rocheuse et permet de les récupérer le plus rapidement possible, en en perdant le moins possible.

Les fissurations créées dans le sol peuvent être soit naturelles soit artificielles, la main de l’homme créant alors des fissures au niveau de strates déterminées de la roche présente dans les gisements pétroliers. Fissures ensuite élargies par injection de grandes quantités d’eau sous pression, maintenues ouvertes avec du sable, du gravier et des microbilles de céramique.

Passons en revue les diverses phases de cette technique :

  • Forage : le puits est creusé de manière horizontale, à 3000m de profondeur environ. Le tunnel ainsi créé est revêtu de plaques de ciment, à l’intérieur desquelles l’on place de petites charges explosives ; une fois ces dernières activées, se forment des trous laissant passer les liquides et les substances chimiques dans le sol.
  • Pompage : une fois le puits terminé, jusqu’à 16,000 litres de liquide sous pression à la minute sont injectés dans le sol, liquides complétés de sable et d’agents chimiques. L’injection de ces liquides provoque des fissurations dans les roches, libérant les gaz, qui remontent rapidement le long du tube.
  • Récolte : une fois remonté, le gaz est stocké dans des pipelines et dirigé vers la raffinerie.

Sans même entrer dans les détails, il est facile de se rendre compte que cette technique non conventionnelle  peut être invasive, dangereuse et ravageuse, en particulier quand il s’agit du méthane, un gaz difficile à extraire selon les techniques de forage classique vertical.




Avec le fracking, les fluides et les mélanges chimiques sont dirigés horizontalement et pompés à une pression telle qu’ils déclenchent des microséismes fracturant la roche.

Quels sont donc les risques pour l’homme et pour l’environnement ? Le risque n.1 est celui de la contamination des couches aquifères, de l’air et du sol, de par le mélange des agents chimiques et des liquides utilisés pour fendre, imperméabiliser et laisser les roches ouvertes.

Dans un rapport détaillé, rédigé et diffusé en 2011 par la Chambre des représentants américaine, la liste des substances présentes dans les fluides utilisés pour la fissuration mécanique serait extrêmement longue et préoccupante (on compte quelques 17 pages !). Y figurent : le naphtalène, le benzène, le toluène, le xylène, l’éthylbenzène, le plomb, le diesel, le formaldéhyde, l’acide sulfurique, le thio-urée, le chlorure de benzène, l’acide nitrilotriacétique, l’acrylamide, l’oxyde de propylène, l’oxyde d’éthylène, l’acétaldéhyde.

Tous des agents cancérigènes, hautement toxiques. Sans oublier les substances radioactives, parmi lesquelles : divers isotopes d’antimoine, du chrome, du cobalt, de l’iode, du zirconium, du potassium, du lanthane, du rubidium, du scandium, de l’iridium, du krypton, du zinc, du xénon, du manganèse (sources United States of Rappresentatives Committee on Energy and Commerce Minority Staff).




L’histoire récente énumère déjà divers cas confirmant l’aspect dangereux de la fracturation hydraulique, malgré les tentatives des compagnies pétrolières pour rassurer l’opinion publique quant à la fiabilité de leur technique. Une récente enquête du New-York Times a révélé que le niveau de radioactivité enregistré dans les puits de Pennsylvanie était 1500 fois supérieur à la norme.

La radioactivité se serait en outre propagée au niveau des eaux, à la suite des forages, eaux confluant ensuite vers les fleuves, alimentant à leur tour les hommes en eau potable. Des cas d’intoxication et de pathologie variées ont ainsi été déclarés parmi la population (maladies rénales et respiratoires, pathologie du foie, tumeur asthmatique), au point que les autorités locales en viennent à recommander la consommation d’eau en bouteille.

En dehors de la contamination de l’eau, la fracturation hydraulique est directement responsable de l’augmentation de la pollution atmosphérique, le gaz naturel s’échappant durant le forage. Dans le Wyoming, par exemple, on a enregistré, en 2009, un pic de haute concentration de fumées et de vapeurs riches en benzène et en toluène présents dans l’air, pic bien au-delà des standards fédéraux. Dans certains cas, les vapeurs altérées par les rayons solaires ont libéré une quantité d’ozone supérieure à celle relevée dans des grandes villes conne Houston et Los Angeles.

Il ne s’agit malheureusement pas de cas isolés. D’autres cas de pollution des nappes phréatiques due au fracking ont été observés au Texas, dans l’Ohio et au Colorado, où de  nombreux habitants ont signalé la présence de gaz méthane, hautement inflammable, dans l’eau s’écoulant de leur robinet.

Autre point noir : la collecte des déchets produits. Sans oublier les microséismes provoqués par la fracturation : bien qu’ils soient localisés et limités, les experts s’inquiètent des possibles risques d’instabilité que cela pourrait générer dans les profondeurs de la terre.




Il y a peu de temps, un énorme cratère s’est soudainement ouvert aux abords de la ville américaine d’Assumption Parish (Nouvelle-Orléans), engloutissant 3 hectares de forêt.

Les intérêts économiques en jeu sont considérables. La question a certes donné lieu à un débat global sur l’opportunité ou non d’interdire cette technique. Mais les entreprises du secteur énergétique sont prêtes à livrer de féroces bataille pour s’accaparer le droit de continuer à forer et à accéder aux énormes gisements bloqués dans les viscères de la terre.

Si en Europe, la fracturation hydraulique est interdite par la loi, de nombreux pays, dont la Pologne, la Grande-Bretagne, l’Argentine, la Chine et le Brésil, s’intéressent néanmoins à la technique et ont lancé des études pour tester, voire utiliser, le procédé, malgré les forts risques pour l’environnement.

Derrière tout cela, deux motivations majeures : l’autosuffisance énergétique de nombreuses nations et l’indépendance de ces mêmes pays vis-à-vis du pétrole arabe et du gaz russe. Des enjeux trop importants pour ne pas y penser…




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